CHAPITRE V. HISTORIENS PERSANS ET MONGOLS
assez d'ampleur : « Un des personnages de la cour du Khârezm-Châh, ayant éprouvé de la défiance pour ce sultan, s'enfuit et se rendit au campement de Djenghîz-Khân. Il écrivit des lettres supposées des émirs du Khârezm-Châh à Djenghîz-Khân, par lesquelles ils lui demandaient la paix et son assistance pour renverser !e Sultan. Djenghîz-Khân répondit un mot au los de chaque leitre, assurant les émirs de son amitié et d'un secours en hommes, puis il renvoya les lettres par un espion. » Elles sont saisies par les gens du Khârezm-Châh. Celui-ci, ne doutant plus de la rébellion de ses émirs, les relègue dans différentes villes ; et lorsque vinrent les Mongols, que le Sultan avait d'ailleurs imprudemment blessés, ils n'eurent pas de peine à avoir raison d'une armée privée de ses chefs. «Le Sultan, sans même livrer bataille, s'enfuit devant l'armée mongole, jusqu'à l'île d'Abeskoun. Il y mourut en l'année 617. On l'enterra dans cette île. On n'avait pas trouvé de linceul ; le vêtement même qu'il portait lui en servit. »
Mustaufi a, comme géographe, plus d'abondance que comme historien. Ses articles sur les villes de la Perse renferment de nombreux faits, des descriptions agréables, des indications nombreuses sur le commerce, l'agriculture, le
caractère des habitants, ainsi que sur les monuments des villes et le rendement des impôts. Nous rapportons ici quelques lignes de son article sur Tébrîz (1).
« Tébrîz, qui a été surnommée « la coupole de l'islamisme » (Qobbei el-islâm), fut fondée en 175 H. par Zobéïdah, femme du khalife Hâroun er-Réchîd. En 244, un tremblement de terre la détruisit, du temps de Motéwekkil, et ce prince la rebâtit. Près de deux siècles plus tard, le 14 de Safar 434, un nouveau tremblement de terre plus violent la renversa de fond en comble. Le Qadi Rokn ed-Dîn de Khoï, dans son livre intitulé « le Recueil des possesseurs de provinces », raconte que ce désastre avait été prédit par l'astronome Abou Tâher de Chîrâz. Une partie de la population, convaincue de la vérité de cette prédiction, s'empressa de fuir ; mais quarante mille habitants qui avaient persisté à demeurer dans leurs foyers périrent sous les décombres de la ville ... La muraille qui entoure Tébrîz a une circonférence de six mille pas et renferme dix portes. Devenue la capitale de la Perse
1. Barbier de Meynard, Dictionnaire de la Perse, extrait du Mo'djem el-Bouldan de Yaqout, Paris, 1861, p. 132. — M. Barbier de Meynard a écrit une notice sur Mustaufi dans le Journal Asiatique, 1857.