‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 111 sur 122 · CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. - LES PROVERBES ET LES CONTES

l’instrument de l’elïort ; mais l’efïort ne produit pas la puissance, s’il n’est aidé par la fortune. »

Bozourdjmihr n’est pas, comme on pourrait le croire, le seul personnage qui énonce ces nobles maximes II est celui dans la bouche de qui on en place le plus ; mais il n est pas le seul qui parle. Tantôt un mobed, tantôt un roi ou quelque autre sage, est censé avoir énoncé ou avoir écrit des préceptes analogues. On en attribue à Ardéchîr ; on en attribue à ses prédécesseurs. Parcourons dans Masoudi la série des rois Sasanides, il n’en est guère qui n’aient prononcé ou entendu des discours semblables : Ardéchîr, le fondateur de la dynastie, écrit une proclamation, que Masoudi nous dit avoir été conservée : « Nous consacrerons tous nos soins au maintien de la justice ; nous étendrons notre protection sur tous nos sujets ; de grands édifices seront bâtis ; la fertilité sera rendue à la terre et nos peuples seront gouvernés avec bienveillance. Nous rendrons à nos états la prospérité... Peuples, ma justice sera la même pour le puissant et pour le faible, pour les petits et pour les grands... Mon gouvernement méritera votre approbation et vous trouverez toujours mes actions d’accord avec mes paroles. » En outre de cette proclamation, on a des sentences d’Ardéchîr et des conseils donnés par lui à ses officiers

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et à ses agents. Le roi Sabour écrit à un de ses lieutenants une lettre tout à fait du même style ; il donne des conseils analogues à son fds Hormuz. Hormuz écrit de même à un grand officier. Bahram, petit-fils du précédent, reçoit les conseils d’un mobed ; et c’est ici la fable bien connue du philosophe qui entend le langage des oiseaux. Ce mobed dit à Bahram, dont le gouvernement laissait à désirer, qu’il entend causer des hiboux. Un de ces oiseaux va se marier ; sa fiancée lui demande en dot une vingtaine de villages en ruines, choisis parmi les plus beaux domaines qui ont dépéri sous le règne du roi actuel. Si le règne de ce roi fortuné se prolonge, répond le hibou, ce n’est pas vingt villages ruinés, mais bientôt mille que je pourrai t’offrir. » Le roi, très frappé de cette histoire, introduit des réformes dans son administration. Plus tard encore, c’est Yezdedjerd qui consulte un certain sage, dont on nous répète les avis, toujours les mêmes. Enfin, nous en revenons à Anochirwân.

Or, il est évident que toutes ces épîtres, tous ces discours, n’ont aucun caractère historique sérieux. Nous avons là un fonds de littérature morale dont on extrait des morceaux, toujours semblables entre eux et que l’on encastre tantôt dans un règne, tantôt dans un autre (1). Cette

1. Voyez encore comme contes rédigés en vue de l’enseignement moral, Y Histoire des dix vizirs ( Bakhtiar Nameh), trad. et annotée par René Basset, Paris, 1883.

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