‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 47 sur 122 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et le style. Cette rédaction abrégée eut un assez grand succès ; elle fut traduite en turc et en arabe et elle fit même oublier presque l’ouvrage original que sa longueur rendait difficile à recopier. Dubeux avait commencé à traduire en français l’adaptation de Bel'ami ; M. Zotenberg reprit son travail et put le mener à bonne fin (1). Il est dommage que, sur les quatre volumes dont se compose cette chronique, le premier et une partie du second ne soient guère remplis que de légendes. Mais le reste est d’un grand intérêt historique, et la manière du rédacteur persan étant plus littéraire, plus ornée et plus coulante que celle de l’écrivain arabe, l’ouvrage se lit avec agrément.

Fort différent de Tabari, dont il est le rival de gloire, Mas'oudi n’a pas comme lui l’attention principalement portée sur les traditions de l’islam et sur la jurisprudence. Son tempérament est moins religieux et plus scientifique ; on le sent davantage mû par la curiosité. Esprit mobile et toujours en éveil, intelligence très ouverte,

1. H. Zotenberg, Chronique de... Tabari , traduite sur la version persane (T Abou Ali Mohammed Bel' ami A vol., Paris, 1867-1874. Comme exemple de beaux morceaux dans cette histoire, nous citerons le récit de la mort du Khalife el-Emîn, l’histoire de Bahram Gour, etc.

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observateur et questionneur, il s’intéresse à beaucoup d’objets : aux religions diverses et à leurs sectes, aux philosophies anciennes, à la sagesse exotique, à la controverse et à la poésie, aux problèmes géographiques, au commerce, à la navigation, à l’histoire naturelle. Sa pensée aime à faire de fréquentes excursions en dehors des limites de l’islam. Il a causé avec des chrétiens et a vu leurs livres ; il est, parmi les auteurs musulmans, celui qui, avec Albîrouni, connaît le mieux leur littérature. Il est versé dans la philosophie grecque ; il sait quelque chose de l’Inde, moins cependant qu’Albîrouni. Il a des rapports personnels avec des Juifs, des Sabéens, des Karmathes. Son œuvre, composée avec un certain désordre, rédigée d’une façon un peu heurtée et qu’on peut croire hâtive, est une collection de curiosités où figurent tous les systèmes et toutes les sciences deson temps. Elle est d’ailleurs ornée d’anecdotes heureusement choisies qui l’allègent, l’égayent même et en rendent la lecture fort attrayante.

Maçoudi naquit à Bagdad à la fin du me siècle de l’hégire. Emporté par le désir de voir et de connaître, il passa sa jeunesse en voyages. On peut reconstituer à peu près ses étapes par est allusions qui y sont faites au cours de son ouvrage. En 300 il était sur l’ Indus et visitait Moultan et la ville d’el-Mansourah. En 304, il

poussait plus loin sur les côtes indiennes et séjournait à Cambaye. Il se peut qu’il ait poussé jusqu’à Ceylan. Dans l’intervalle il avait visité le Fars et le Kerman. Les côtes de l’Arabie lui étaient familières ; il dit avoir fait plusieurs fois le voyage entre l’Oman et une île de la mer des Zendjs (la mer à l’Est de l’Afrique) appelée Kanbalou. On a discuté sur l’identification de cette île ; les uns ont voulu y voir Madagascar ; d’autres y ont reconnu Zanzibar. Mas’oudi la situe à 500 parasanges (sorte de lieue) d’Oman. « Ma dernière traversée, dit-il, de l’île de Kanbalou à l’Oman remonte à l’année 304. J’étais à bord d’un bâtiment appartenant à Ahmed et à ‘Abd es-Samed, de Sîrâf, et ces deux personnages ont péri ensuite corps et biens dans cette mer... Certes, j’ai navigué sur bien des mers, la mer de Chine, de Roum, des Khazars, de Kolzoum et du Yémen; j’y ai couru des dangers sans nombre ; mais je n’en connais pas de plus périlleuse que cette mer des Zendjs dont nous ^venons de parler. » On peut se demander si Mas Audi n’exagère pas un peu l’ampleur de ses pérégrinations. Il est douteux déjà qu’il ait navigué jusqu’en Chine ; et quant à avoir fait plusieurs fois le voyage de l’Arabie à Madagascar ou même à Zanzibar, avec les moyens dont on disposait alors et étant donné tout ce qu’il fit d’ailleurs, cela est bien invraisemblable.

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En tout cas il ne parle pas de ces régions avec la netteté d’un homme qui les aurait vues, et sa connaissance du midi de l’Afrique, d’après d’autres passages, est à peine égale à celle de Ptolémée.

Il visita la Palestine, Tibériade en particulier où il séjourna en 314. L’année suivante, se rendant de Syrie à Bagdad, il trouva le pays troublé par une invasion de Karmathes. Il était arrêté dans la ville de Hît sur l’Euphrate quand ces sectaires l’attaquèrent. Les habitants se défendirent avec vigueur ; ils combattirent les assiégeants du haut des murs et leur brûlèrent plusieurs machines. Les Karmathes levèrent la siège. « Nous vîmes à l’aurore, avant leur départ, dit l’historien, s’élever de leur camp une grande lumière, et nous croyions qu’ils allaient renouveler leur attaque ; mais nous sûmes ensuite qu’ils avaient mis le feu aux bagages, parce qu’ils n’avaient pas assez de chameaux pour le transport des bagages et des femmes. »

Mas'oudi séjourna ensuite à Antioche, puis à Bassorah. Il se trouvait dans cette dernière ville en 332, qui est la date qu’il assigne à la publication des Prairies d'Or . Il passa le reste de sa vie en Syrie ou en Égypte, éloigné, on ne sait trop pourquoi, de l’Irak qu’il aimait : « C’est une peine pour nous, écrit-il, d’avoir été forcé de quitter cette ville (Bagdad) où nous sommes

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