CHAPITRE PREMIER
LES SOUVERAINS
de La Mecque. Le conquérant de l’Égypte ‘Amr fils d’el-‘As, qui avait naguère conçu le meme projet, en aurait été détourné pour de semblables raisons. Il n’y en a pas moins là une intention louable et presque « un effort tenté, comme dit Masoudi, pour augmenter la civilisation et la prospérité du pays et améliorer le sort des habitants, en facilitant l’échange des denrées et de tout ce qui développe la richesse et l’aisance générales. Dieu, ajoute cet écrivain, favorise les bonnes entreprises ».
Outre ses campagnes, Réchîd fit de nombreux déplacements occasionnés par le pèlerinage. Il conduisit huit fois le pèlerinage en grande pompe, répandant des largesses parmi le peuple, emmenant à sa suite une foule de pèlerins pauvres, se faisant accompagner par des savants, des philosophes et des poètes. Son épouse Zobéïdah s’intéressa aussi aux pèlerins. Elle fit élever dans la ville sainte de nombreux caravansérails et bâtit à La Mecque et le long de la route des pèlerins des puits et des citernes. Elle éleva aussi plusieurs Khans pour les voyageurs sur les frontières de Syrie. Elle fonda en Perse la ville de Tébrîz et celle de Qâchan. Zobéïdah était une petite fille de Mansour et une princesse d’un grand caractère.
La libéralité et la magnificence de Réchîd sont restées fameuses. On raconte que le poète
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Merwân ayant fait une pièce de vers en son honneur, ce Khalife lui donna en récompense une bourse de 5.000 pièces d’or, une robe d’honneur, dix esclaves grecques et un de ses chevaux à monter. Il resterait à savoir si le trésor qui pouvait suffire à de telles largesses n’était pas alimenté par des moyens quelquefois un peu durs. La splendeur de ce règne rayonna jusqu’aux extrémités du monde. Réchîd reçut, disent les écrivains étrangers, une ambassade de l’empereur de Chine et une de Charlemagne. Les ambassadeurs du grand monarque d’Occident revinrent, d’après F historien Eginhard, avec de beaux présents, parmi lesquels étaient des éléphants et une horloge d’eau. Cette horloge était de cuivre et d’airain damasquinés ; elle marquait le temps au moyen de cavaliers qui ouvraient et fermaient des portes en nombre égal à celui des heures, et qui les sonnaient en faisant tomber des balles sur un timbre (1). Réchîd est le premier des Khalifes Abbassides qui joua aux échecs et au nerd. Il donna des pensions aux joueurs les plus distingués. Il fit aussi installer des jeux de mail (polo), de paume et des tirs à l’arc, et il encouragea le peuple à s’y exercer en y affectant des prix.
1. V. Magasin pittoresque , 1852, p. 256 et 329; et 1834, p. 79.