CHAPITRE PREMIER
LES SOUVERAINS
Mamoun n’était né que d’une esclave persane, Marâdjil, au lieu qu’Emîn était fds de Zobéïdah. Pressé par cette princesse et par la famille des Hachémites, Réchîd décida en faveur d’Emîn. Toutefois il ajouta que le pouvoir passerait à Mamoun après lui, et que ce dernier, pendant le temps de la vie d’Emîn, aurait le gouvernement de la partie orientale de l’empire, du Khorâsan. Un pacte en ce sens fut conclu entre les deux frères et déposé dans la Ka‘ba de La Mecque. Ce système, qui constituait une sorte de partage, affaiblissait l’empire et l’exposait à toutes les difficultés pouvant naître d’une substitution.
Aussitôt après la mort de leur père, l’opposition entre le caractère des deux frères se manifesta. Emîn vivait à Bagdad dans le luxe et la débauche. Mamoun se faisait aimer et donnait des preuves de sagesse dans le gouvernement du Khorâsan. «Ce prince, dit Tabari, remplissait le Khorâsan de sa justice. Chaque jour il se rendait à la grande mosquée, et là, assis sur le siège du juge et entouré des docteurs de la loi et des théologiens, il prenait personnellement connaissance des plaintes et prononçait entre les parties. Il fit remise à toute la province de l’impôt de cette année. Il gagnait ainsi l’affection de toute la population, tandis que Mohammed à Bagdad, occupé seulement de ses
LES PENSEURS DE L’iSLAM
plaisirs et de ses constructions, se dérobait au peuple et confiait toutes les affaires à Fadl fils de Rébî‘. »
Ce vizir ne tarda pas à conseiller à Emîn de se défaire de son frère, Emîn avait un fils. Fadl lui faisait remarquer que la succession avait été mal réglée par Réchîd, et qu’un frère ne pouvait avoir aucun droit en présence d’un fils. Après quelque résistance, Emîn céda. Il demanda à Mamoun de renoncer au gouvernement de Reï, de Qoumès et du Tabéristan, et d’accepter auprès de sa personne un maître des postes qui enverrait chaque jour au Khalife un rapport sur le gouvernement du Khorâsan, afin que cette province n’échappât pas à son autorité. Mamoun refusa. Emîn cessa de prononcer son nom dans le prône et le fit déclarer déchu par son vizir.
Mais Mamoun était prêt. Son armée entraînée, bien équipée, avait à sa tête un général éminent, Tâher. Elle brisa sans peine auprès de Reï l’armée mal organisée du Khalife et vint mettre le siège devant Ragdad. Ce siège fut long et affreux. Les troupes des deux partis offraient un singulier contraste. Les soldats de Mamoun étaient équipés avec toute la perfection que comportait la science militaire d’alors. Ils montaient d’excellents chevaux, étaient munis de cuirasses, de cottes de mailles, d’armures com-