‹ Les penseurs de l'Islam (volume 3)Chapitre 84 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

C’est une merveille qu’il faut voir pour la croire.» Il visite la forteresse de Bordeaux et admire le jardin du gouverneur, situé sur le haut de cette forteresse, orné d’un pavillon ayant vue sur toute la ville : « Le gouverneur, qui se rencontra fleuriste, avait élevé beaucoup de renoncules de graine, et il y en avait déjà pour lors quatre doubles d’ouvertes, qu’il coupa pour me les présenter. Les boutons paraissaient aussi à la plupart des autres... Depuis mon arrivée à Toulon, dans tous les endroits où j’ai passé pour venir à Bordeaux, on m’a apporté des fleurs de printemps, comme des hyacinthes, des violettes, etc. Il est certain qu’en Turquie, on n’a point ces sortes de fleurs dans ce temps-là. » Mais il faudrait citer tout le récit ; il n’y a guère de page qui ne contienne des détails charmants. Il arrive donc dans un palais qu’on lui a préparé aux environs de Paris. Son premier soin est de vérifier ce que dit Kiâtib Tchéleby d’un écho extraordinaire qui se trouve à Charenton. Cet écho répéterait les paroles jusqu’à treize fois. Mais personne n’en a connaissance. L’introducteur des ambassadeurs et de nombreuses personnalités viennent le voir. Enfin, il accomplit sa mission ; il voit le roi : « Le roi, à peine sorti de sa onzième année, ne faisait que d’entrer dans sa douzième. Sa beauté non pareille, accompagnée de l’éclat de ses habits,

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qui étaient chargés d’or et noyés dans les diamants, lançaient des rayons de lumière dans l’assemblée. »

A la suite de cette réception, l’ambassadeur turc visite les grands personnages : les « vizirs » que les Français appellent ministres ; l’archevêque de Cambrai (Arkiapiscopos), qui était le ministre des affaires étrangères ; c’était, dit-il, un pauvre prêtre, devenu chef de l’église de Cambrai ; le maréchal de Villeroi, « beau vieillard» qui le combla de toutes sortes d’honnêtetés. Il était chargé de l’éducation du roi. Comme il avait son logement dans son palais, il se couchait et se levait avec lui ; il ne s’en séparait pas un moment. « Pendant que je m’entretenais en particulier avec lui, le roi, curieux de me voir, regardait à travers les rideaux. »

Il reçoit la visite d’un « vizir » qu’on appelle le ministre de la guerre, et qui lui dit qu’il y a à Paris « un palais particulier où le roi entretient les soldats blessés ou hors de service », et que ce palais mérite d’être vu. Il va donc visiter les Invalides, et il nous en décrit en détail les chambres, les fours, les cuisines et la pharmacie.

Toutes les curiosités et les magnificences de Paris et de ses environs sont passées en revue : Versailles, Marly, le Louvre, l’Observatoire. Il fait preuve d’un esprit très scientifique : il décrit avec précision la machine élévatoire de

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