CHAPITRE VI
Marly et les instruments des astronomes : « Il y a surtout, dit-il, une machine qu’on a nouvellement inventée pour connaître les éclipses de soleil et de lune. Ce sont plusieurs cercles, autour desquels on a marqué des chiffres et gravé le soleil et la lune. Lorsque ces cercles viennent à tourner, une petite aiguille semblable à celle d’une montre et dont le bout est rond comme un « aspre », s’étend tantôt sur le soleil et tantôt sur la lune, et suivant qu’il couvre la lune totalement ou en partie, on juge qu’un tel mois il doit y avoir une éclipse de lune de tant de pouces. Il en est de même pour le soleil. »
En somme cette relation témoigne d’une intelligence ouverte, d’une culture étendue et de dispositions de caractère très aimables, jointes à un rare talent de description.
Wasif Efendi fut l’un des plus distingués parmi les historiographes turcs. Il reçut cette charge du sultan Sélim III, et il continua Izzi qui avait poussé la rédaction des Annales ottomanes jusqu’aux dernières années du règne de Mahmoud. Une partie de l’œuvre de Wâsif est remplie par l’histoire de la guerre qui eut lieu entre la Russie et la Porte de 1769 à 1774.
En reliant entre eux, comme l’a fait Gaussin
LES PENSEURS DE L’iSLAM
de Perceval (1), tous les passages des Annales relatifs à cette guerre, c’est-à-dire en laissant de côté ceux qui se rapportent à d’autres provinces, et en ôtant une partie des métaphores que le goût turc d’alors réclamait, on obtient un exposé bien conduit, d’un style noble et large, teinté de cette légère nuance de mélancolie que l’on trouve souvent chez les écrivains de cette nation.
La guerre était motivée par les accroissements de la Russie en Pologne, à la suite de l’élection de Poniatowski. Un grand seigneur polonais, Potocki, était venu demander le secours de la Porte. Le sultan Moustafa III était d’avis de déclarer promptement la guerre. En vain le grand vizir essaya-t-il de l’en dissuader en montrant qu’on n’était pas prêt. Son avis déplut et il fut destitué.
Wâsif raconte les pompes qui eurent lieu à l’occasion du départ de l’armée :
« La cérémonie d’usage pour l’inauguration du général en chef eut lieu dans le courant du mois de Chewal. Les Ulémas, les Cheikhs, tous les grands fonctionnaires de l’empire, se rendirent chez le vizir et plantèrent dans la cour de son
1. Précis historique de la guerre des Turcs contre les Russes , depuis l’année 1769 jusqu’à l’année 1774, tirée des Annales de l’historien turc Vassif-Efendi, par P. A. Caussin de Perceval, Paris, 1822.