CHAPITRE VI. - LA CONQUÊTE ARABE
On chercha le faux prophète parmi les morts. On finit par trouver, dit une tradition, un petit homme jaune avec un petit nez camus, que l’on crut être lui. Il aurait été tué d’un coup de javelot par un abyssin du nom de Wahchi qui, à la bataille d’Ohod, avait tué un oncle de Mahomet, et qui ici réparait sa faute. Plus tard les Oméyades voulurent se faire honneur de cette journée, et Moeâwiah affirma, nous dit Bélâdhori, que l’imposteur avait péri de sa main.
Mahomet étant laissé à son rôle mystique de législateur inspiré et à celui d’auteur de l’unité nationale au dedans, la plus grande personnalité qui préside à l’expansion de l’islamisme au dehors et qui. domine l’histoire de la conquête arabe est celle du khalife Omar (13 à 23 de l’hégire). Simple, sévère, clairvoyant et laconique, il dirige de Médine l’énergie de sa nation, et c’est aux pieds de ce souverain du Hedjâz, encore rude et un peu fruste, que viennent tomber les dépouilles des vieux empires fatigués de Perse et de Byzance, et s’accumuler les tributs de la Syrie, de l’Irâk, du Fars et de l’Egypte. Omar met de l’ordre dans la conquête, nomme les chefs, donne les directions essentielles, tient le compte des bénéfices. Il institue le dî-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
van (les ministères et les registres), et donne des lois aux vaincus. On a appelé législation d’Omar cet ensemble de dispositions qui règlent la situation des peuples soumis à l’islam, surtout celle des non-convertis, chrétiens et autres. Il faut prendre garde ici que, de même que l’on a voulu rapporter au prophète la plupart des institutions d’un caractère religieux, de même on a pris l’habitude de rapporter à Omar la plupart des choses qui concernent le droit des gens et le droit administratif. Néanmoins sa part authentique dans ces matières doit être déjà grande, et l’esprit de sagesse simple qui pénètre cette législation doit bien avoir été le sien.
Les historiens de l’Islam ont beaucoup admiré Omar. « Il organisa des armées, dit Mas‘oudi (1), fonda des villes, fit tenir des registres, fixa la solde des troupes, établit la chronologie, régla la prière des repos ( térâwih ) qui se fait dans le mois de Ramadan. » Et Befami dit avec plus de magnificence (2), d’après Djâhiz : « Il ne faut pas louer Omar pour sa justice et son désintéressement ; car il y a eu des souverains justes avant lui, qui se sont abstenus de toucher au trésor public, et il y en aura après lui. Mais ce qui est admirable dans le caractère de ce khalife, c’est que, lorsqu’il fut arrivé au pouvoir,