CHAPITRE VR — LA CONQUÊTE ARABE
il ne changea absolument rien à ses habitudes antérieures, et il est resté fameux pour sa frugalité et la simplicité de ses vêtements. Il a occupé le pouvoir pendant plus de 10 ans, et chaque jour il voyait partir une expédition et arriver la nouvelle d’une victoire. Chaque jour il y avait un événement heureux ; on apportait constamment des richesses. Il conquit le monde, abaissa tous les souverains, fonda des villes telles que Basrah et Koufah et régla les affaires administratives et l’impôt. Ses armées pénétrèrent à l’Est jusqu’aux bords du Djaïhoun (l’Oxus) ; au Nord jusqu’à l’Adzerbaïdjan, jusqu’à Derbend des Khazars et au mur de Gog et de Magog; au sud jusqu’aux pays du Sind et de l’Inde, dans l’Oman, le Bahréïn, le Mokran et le Kirman, à l’ouest jusqu’aux frontières du pays de Roum. Les habitants de tous ces pays furent ses sujets et entrèrent sous son obéissance. Et malgré toute cette puissance, Omar ne changea pas la moindre chose dans sa manière de vivre, dans sa façon de manger, de dormir, de s’habiller ou de parler. »
Omar était issu d’une ancienne famille de La Mecque ; il avait été l’un des premiers membres de la communauté musulmane et avait pris une part très honorable aux expéditions du Prophète. Sa mère, qui appartenait à la tribu des Makhzoumites, était, dit quelque part Mas-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
coudi,une négresse; il faut sans doute comprendre une mulâtresse. Il avait le teint foncé ou olivâtre, une physionomie sévère, une démarche énergique. « Sa taille était si élevée que dans la foule on l’aurait cru à cheval (1). »
La critique du P. Lammens s’est attaquée à Omar comme à d’autres grands hommes du primitif Islam et a cherché à le diminuer. Il juge que sa famille était modeste, comme celle d’Abou Bekr, qu’il s’enrichit très vite et du vivant même du prophète. Son austérité, comme celle de son prédécesseur, est contestée par les récents travaux.
Selon Mas'oudi, ce n’est que sous le règne suivant, sous Othman, que les habitudes de luxe se répandirent parmi les grands chefs de l’Islam, et cet historien donne de fort intéressants détails, appuyés de chifL es, sur le luxe de ce dernier khalife et de ses compagnons : « Qu’il y a loin de là, ajoute-t-il (2), aux mœurs simples et droites et à la vie au grand jour d’Omar fils de Khattab ! Ce khalife faisant le pèlerinage dépensa 16 dinars pour l’aller et le retour, ce qui ne l’empêcha pas de dire à son fils ‘Abd
1. Le Livre de V Avertissement, p. 179 et Chronique de Tabari, Bel'ami, t. III, p. 534.
2. Les Prairies dû Or, t. IV, p. 255 ; cf. même tome, p. 193 et p. 195 l’austérité de Selman el-Fârisi, le Persan, gouverneur de Médaïn pour Omar.