‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 106 sur 235 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tutions ; on relève aussi sur ces dernières de nombreux passages dans le beau traité de Mâwerdi. L’institution du divan fut particulièrement importante. Ces auteurs se préoccupent de ses origines. Fut-elle imitée de la Perse ou de Byzance ? Il y a plusieurs traditions ; la majorité est en faveur de la Perse. Peut-être les différences entre les pratiques administratives de ces deux empires étaient-elles moindres que nous ne sommes portés à l’imaginer, et des influences ont pu se faire sentir des deux parts sans trop se contredire. Les coutumes des scribes et des bureaux pouvaient se ressembler de la Syrie, province byzantine, à l’Irâk persan. Omar n’eut sûrement pas le parti-pris d’innover ; il s’efforça au contraire d’entrer dans les habitudes des peuples vaincus, toutes les fois que l’Islam pouvait s’en accommoder. Voici les traditions sur l’institution du divan, que rapporte Ibn Miskawéih :

« Omar est le premier qui fit tenir les registres parmi les Arabes. Le motif en fut que Abou Horéïrah était revenu du Bahréïn avec une somme importante. Il rencontra Omar, qui lui dit : « Qu’est-ce que tu as perçu ? — 500.000 dirhems. — Fais-les moi voir.» Ils comptèrent : 100.000, cent mille, cinq fois. Alors Omar monta en chaire, rendit grâces à Dieu, puis dit : « O hommes, il nous arrive une somme importante ;

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si vous voulez, nous la pèserons, ou, si vous préférez, nous la compterons. » Un homme se leva et dit : « O Emir des croyants, les Persans inscrivent ces sommes sur des registres. — Tenez donc des registres », dit Omar.

Autre tradition : « Omar avait envoyé une expédition après qu’il eut accordé Vamân à Hormuzan (un roi perse). Celui-ci se présenta devant lui et lui dit : « O Emir des croyants, tu as donné de l’argent pour les hommes de cette expédition ; et maintenant si l’un d’eux reste en arrière et quitte la troupe, comment leur chef le saura-til ? » Et il lui montra les registres et lui en expliqua le fonctionnement. Alors Omar donna l’ordre d’en tenir. »

Ces deux traditions qui sont en faveur de l’origine persane de cette institution, se trouvent aussi dans Mâwerdi. Cet auteur en cite en outre une autre (I), qui serait favorable à l’origine byzantine, mais qui paraît avoir moins de poids : « D’après d’autres versions, Omar aurait (apparemment de lui-même) consulté les Musulmans sur l’organisation d’un divan. Ali aurait voulu que chaque année on répartît l’argent qu’on apportait et qu’on n’en gardât rien. Mais Othman dit : « Je vois d’assez grandes richesses pour que tout le monde en ait sa part ; mais je crains que les

1. Mâwerdi, Les Statuts gouvernementaux, trad. E. Fagnan, Alger, 1915 ; institution du divan, pp. 429-435.

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