CHAPITRE PREMIER. — • LA PERSE AVANT L’iSLAM
très poètes parlent avec tant de sympathie, n’était pas toujours aussi douce que le ferait croire son nom. Trouvant que le roi s’occupait encore trop de sa première femme Marie, la fille de l’empereur byzantin, qui gardait la première place au sérail, elle la fit empoisonner. Perwîz ne voulut pas la soupçonner, et un an après la mort de Marie, il logea Chîrîn à sa place, dans le plus bel appartement du palais, la chambre à coucher dorée.
Perwîz ne cessa, durant tout son règne, d’accumuler des richesses. Il les répartissait entre plusieurs trésors. Il fit construire un trône monumental et d’une richesse inouïe. On y employa, prétend-on, des fragments de l’ancien trône de la dynastie des Darius, renversée par Alexandre. Les nobles du pays avaient gardé beaucoup de ces reliques. Le roi les fit rassembler. Le trône avait quantité d’ornements, parmi lesquels les signes du Zodiaque, avec la figuration de la marche de la Lune et des planètes, et les autres constellations. La couronne était tellement lourde que le roi ne la mettait pas sur sa tête ; elle était seulement suspendue au-dessus par une chaîne attachée au dais. L’hiver, on entourait tout le haut du trône d’un rideau de fourrures de castor et de zibeline, et l’on faisait chauffer de lourdes boules d’argent et d’or qu’on
LES PENSEURS DE L’iSLAM
suspendait autour du roi. Le trône avait plusieurs degrés sur lesquels s’étageaient les diverses conditions sociales. Au Naurouz, jour de l’an, le Chosroës y prenait place, ayant auprès de lui son Mobed fortuné, c’est-à-dire le chef de la religion. Au-dessous venaient les ministres, les généraux et intendants de l’armée ; puis les représentants des marchands et les maîtres des divers métiers ; en bas, les ouvriers pauvres ; et tout en bas, au pied du trône, des estropiés, perclus ou mutilés qu’on avait déposés à la porte du palais.
Les guerres de Chosrau furent importantes et souvent heureuses. C’est à l’occasion de l’une d’elles que l’Islam dit son premier mot dans la diplomatie mondiale. La 14e année du règne de ce roi une révolution eut lieu à Byzance. Les Grecs déposèrent et firent périr Maurice, l’ancien protecteur d’Eperwîz, et ils mirent à sa place un personnage du nom de Phocas. Eperwîz accueillit un fils de Maurice qui venait lui demander secours, comme il avait fait lui-même autrefois auprès de son père, et il le couronna empereur des Grecs. Puis, il envoya trois puissantes armées : l’une en Syrie, l’autre en Egypte, la troisième à Constantinople. Ces armées eurent du succès. La première prit Jérusalem, en 614, et saccagea la ville. Elle emporta la vraie croix