‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 112 sur 235 · CHAPITRE VI. — LA CONQUÊTE ARABE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LA CONQUÊTE ARABE

« C’est là, dit Omar arrêtant sa monture, que j’ai gardé les chameaux de mon père. Mon père était un homme sévère qui m’imposait un dur travail, et j’avais beaucoup de peine. Si je ne faisais pas tout ce qu’il me commandait, il me battait. Maintenant je suis intermédiaire entre Dieu et ses serviteurs, et personne n’est mon égal ! »

Ibn Miskawéïh, de qui nous avons tiré une partie des détails qui précèdent, ajoute qu’Omar avait beaucoup de goût pour l’histoire de Perse, et se faisait instruire par des Persans. « Il avait, dit-il, beaucoup de familiarité avec certains Persans qui lui lisaient les règnes des rois, surtout des meilleurs rois de Perse et en particulier d’Anochirwan. Ces exemples l’émerveillaient et il s’efforçait de les imiter. Anochirwan lui-même imitait la conduite d’Ardéchîr, se formant d’après son histoire et son testament que nous avons traduit antérieurement, y cherchant des directions pour divers cas. Et Ardéchîr suivait les traces de Haman et de Cyrus et les imitait tous les deux. Ceux-là sont la parure des rois de Perse et les plus excellents d’entre eux, et c’est d’eux qu’il convient d’écrire les actions et les vies, dont on doit étudier le gouvernement et à qui il faudrait ressembler. »

Le même historien ajoute encore cette anecdote caractéristique et où la ruse est indiquée à côté de

la vigueur (1) : «J’entrai un jour chez Omar, dit un certain ‘ Amran fils de Sawâdah, et je lui parlai de différentes choses au sujet desquelles on le critiquait. Il me prêta attention, plaça la pointe de sa cravache sur sa barbe, le bas sur sa cuisse, pour écouter ce que je disais. Mais quand j’en vins à dire : Et les rayas se plaignent de la dureté de ton gouvernement, il écarta la jambe, pointa vers moi sa cravache, puis passa la main sur elle jusqu’à son extrémité, et il s’écria: « Quand je lance des invectives, je rassasie ; quand je donne à boire, je désaltère ; je saisis la mesure ; je marche obliquement; je cèle ma pensée ; je réprimande beaucoup, mais je frappe peu ; je montre le bâton, mais je repousse de la main ! » Mo‘âwiah plus tard entendant raconter cette scène : « Par Dieu, observa-t-il, il savait gouverner ses sujets ! »

Omar fut assassiné par un artisan chrétien du nom d’Abou-Loulou, auquel il avait demandé de lui construire un moulin à vent. Il était âgé d’une soixantaine d’années. On l’enterra à côté du Prophète. La devise de son sceau était : « La mort suffit comme sermonnaire » (2).

Page 1