CHAPITRE VII. - LES KHALIFES OMÉYADES
yeux au ciel, le visage inondé de larmes et dit: « O Dieu, c’est à toi que j’offre mon repentir! »
Sur ces entrefaites, les conjurés arrêtent un courrier porteur d’une lettre au sceau du khalife. Cette lettre recommande de livrer à des supplices divers des soldats suspects. La révolte gronde de nouveau. Othman désavoue la lettre ; ses dénégations sont inutiles. Un vendredi il harangue le peuple à la mosquée de Médine et déclare que ceux qui allument la guerre civile ont été maudits de Dieu. Un tumulte s’ensuit. Zéïd fils de Thâbit et d’autres se lèvent pour le défendre et pour attester que ses paroles sont bien dans le Coran ; on les force à se rasseoir. Des pierres sont lancées et atteignent le khalife qui s’évanouit. Il tombe en bas de la chaire ; on le ramène à sa maison.
Othman entouré d’Oméyades se renferme dans son hôtel. Un siège plus ou moins régulier commence. Le khalife appelle des troupes de secours, qui ne viennent que lentement. On lui coupe l’eau. D’une terrasse il demande à boire ; on lui passe une cruche qui ne lui parvient pas. Sa position devient de plus en plus critique. Une nuit on met le feu à la porte de son hôtel ; une lutte acharnée s’engage à l’intérieur de ce palais qui est très vaste. Merwan le favori se conduit avec bravoure et est grièvement blessé. Les conjurés parviennent jusqu’à Othman et
LES PENSEURS DE L’iSLAM
le somment d’abdiquer ; il s’y refuse. Il reçoit un coup de sabre sur la main droite qu’il tenait appuyée sur le Livre saint et prononce, dit-on, ces mots : « C’est la première main dans le monde qui a écrit le Coran. » Puis il est massacré. On l’enterre avec plusieurs Oméyades dans le cimetière des Juifs. Il avait 82 ou 86 ans.
Ce khalife, d’un caractère un peu énigmatique, est celui qui porta le plus d’intérêt au Coran. Il le fit éditer, nous l’avons dit ; il en répandit la connaissance et en recommanda l’étude ; il en écrivit plusieurs exemplaires de sa main ; ce serait lui le premier, d’après la tradition que nous venons de rapporter, qui aurait écrit un Coran complet. Cela lui donne dans l’histoire de l’Islam une place singulière et un rôle qui, malgré les études déjà faites, demeure toujours quelque peu mystérieux. — A sa mort, le chiisme se produit. Cett® mort éveilla chez beaucoup une sorte de repentir, et un parti nombreux s’arma pour le venger. L’idée de légitimité et de dynastie se fit jour ; elle fut appliquée en théorie à Ali ; Mo‘âwiah et les Oméyades en bénéficièrent en fait. Les uns maudirent le nom d’Othman ; les autres admirent que ses descendants devaient être les véritables khalifes et formèrent une secte qui prit le nom d’Othmanites (1).