‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 130 sur 235 · CHAPITRE VII. - LES KHALIFES OMÉYADES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. - LES KHALIFES OMÉYADES

annuelle de deux millions à son frère Hoséïn (rébi 1er 41). Hasan mourut quelques années plus tard obscurément à Médine. Ja'koubi parle de poison, mais sans nommer personne ; Tabari est muet sur cette fin ; Mas‘oudi accuse ouvertement Mo‘âwiah. L’historien chrétien Abou’l- Faradj (1) dit que Mo‘âwiah maître du pouvoir, continua à traquer les Alides partout où il put les atteindre ; mais Lammens, qui a fait de cette époque une étude très approfondie (2), conclut que la politique des Oméyades vis-à-vis des Alides fut en somme tolérante, et d’après tous les détails qu’il rapporte, je crois que nous devons souscrire à son jugement.

Quoiqu’il en soit,Mo£âwiah ayant traversé la période des grandes luttes, et concentré l’empire entre ses mains, s’efforça d’en refaire l’unité morale. Il délaissa la force et eut recours à la finesse, à la souplesse, à la bonne grâce, à l’amabilité. Son tact, son esprit, sa générosité, sa clémence apaisèrent les rancunes et lui gagnèrent les cœurs. Il fut un souverain laborieux ; mais il n ’en commença pas moins à Damas cette vie

1. Abou’l-Faradj, Histoire des Dynasties, éd. Salhâni, Beyrouth, 1890, p. 187.

2. Le P. H. Lammens, Etudes sur le règne du Calife Omaiyade Mol 2âwia /er dans les Mélanges de la Faculté Orientale, Beyrouth, 1906-1907. — Et Y. les historiens déjà souvent cités.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

heureuse et facile, qui s’enrichit et s’affina de règne en règne et dont le souvenir est resté comme un songe délicieux, comme un parfum rare d’élégance et d’art flottant autour du nom des Oméyades.

Mo'âwiah n’était pas, comme on l’a dit d’Abou Bekr et d’Omar, de famille modeste. Il était, comme Othman, de grande famille mecquoise. Son père Abou Sofian avait été le principal chef des Koréïchites pendant toute la période de l’activité de Mahomet. Conducteur de caravanes, commerçant, politique, il avait fait une résistance acharnée et continuelle au Prophète, et n’avait accepté l’Islam qu’à la prise de La Mecque. Hind, la mère de Mo‘âwiah, l’une des figures de femmes originales de l’Islam primitif, ardente et batailleuse, avait lutté contre le Prophète jusqu’au même temps ; et lorsque Mahomet se fut rendu maître de La Mecque, elle était venue, confuse, à la tête des femmes de la ville, prêter le serment qu’on appela « le serment des femmes » entre les mains d’Omar. Il est difficile qu’avec de telles origines Mo‘âwiah n’ait pas été quelque peu sceptique ; plusieurs de ses descendants le furent ; mais il ne le fut que d’un scepticisme intérieur, pouvant porter sur les croyances proprement religieuses ; car on ne saurait nier qu’il n’accomplît avec sincérité ses devoirs de souverain, et qu’il n’eût une cons-

Page 1