CHAPITRE VII. - LES KHALIFES OMÉYADES
de sa propre famille. Sur ces terres, il récoltait d’énormes quantités de dattes, produit ordinaire du Hedjâz et même des céréales, à la grande admiration de Ja'koubi.
A La Mecque il acheta beaucoup d’immeubles. Il transforma en mosquée la maison de Khadîdjah, construisit le palais du gouverneur. Pour ces travaux il appela des maçons persans. Les airs que chantaient ces ouvriers pendant le travail servirent de modèle aux musiciens arabes.
Il ne fit guère moins pour Médine que pour La Mecque. Il y acheta fort cher des domaines divers et des maisons ayant rapport aux souvenirs du Prophète. Son œuvre à Damas semble moins importante. Les belles constructions dans cette ville appartiennent à des khalifes postérieurs.
Il existe sur ce prince une quantité d’anecdotes qui ne sont sans doute pas toutes authentiques, mais qui doivent donner une idée assez exacte de son caractère. Il avait de l’esprit, la riposte prompte, une grande éloquence naturelle, un sens politique qui ne se trouvait jamais en défaut. Très maître de lui, il savait écouter les avis et supporter sans colère les injures.
Lammens a tout un chapitre sur la mansuétude, le h ilm, qualité très admirée chez Mo-
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‘âwiah et qu’il transmit à ses successeurs Oméyades. Il résulte de cette étude que ce prince avait souvent affaire à des Arabes assez grossiers, surtout des Bédouins. Avec calme et esprit il leur enseignait la politesse, en même temps que par sa clémence il se les attachait. Il avait aussi un grand respect de la liberté des poètes, souvent satiriques chez les Arabes, et ceux-ci en abusaient. Mais par cette longanimité il éduquait peu à peu son peuple. « Nous essayons de l’irriter, disait un de ces poètes, rien que pour l’éprouver et avoir l’occasion de citer un trait de sa générosité. » Des Bédouins rustres le plaisantaient sur sa corpulence. L’un d’eux fit un jour le pari de lui poser la main par derrière pendant la prière, au moment d’une prosternation. Mo£â\viah ne se détourna pas, et, la prière finie, il dit au bédouin : « Va, fils de mon frère, tu as gagné ton pari. » Il convient d’ajouter que cet individu ayant répété la même plaisanterie sur Ziyâd, le sévère gouverneur, celui-ci le livra au bourreau.
Mo ‘âwiah, n’étant encore que secrétaire du Prophète, avait été chargé d’accompagner un grand chef du Hadramant un jour de simoun. Fatigué de marcher dans le sable brûlant, il demanda au kaïd de le prendre sur sa chamelle ; l’autre le rebuta. Il le pria de lui prêter au moins l’une de ses sandales : « C’est assez d’honneur