CHAPITRE VII. — LES KHALIFES OMÉYADES
en chaise à porteurs et se rendait à la mosquée ; et là assis dans sa chaise, le dos tourné à la maqsourah et entouré de ses gardes, il écoutait les requêtes du peuple. Rentré chez lui, il recevait les grands, puis prenait son déjeuner principal, pendant lequel son secrétaire lisait les lettres ou écrivait sous sa dictée. » La journée continue ainsi, toutes ses heures aussi bien remplies ; aucune prière n’est oubliée. Le soir les vizirs travaillaient avec lui pendant les premières heures de la nuit. Un tiers de la nuit était consacré à la lecture de l’histoire des Arabes, de celle des peuples et des rois étrangers, de leur politique, etc. Puis on lui apportait de la part de ses femmes des friandises et des douceurs ; après quoi il allait dormir pendant un tiers de la nuit.
Le pouvoir des Omévades atteignit son apogée sous les règnes d’‘Abd el-Mélik (65 à 86) et de son fils Wélîd (86 à 96). L’empire arabe fut alors très étendu, l’administration active, l’architecture très florissante. Les débuts du règne d’‘ABD el-Mélik furent difficiles. De nouveau l’Islam se désunissait ; il tendait à se partager en ses trois fractions naturelles : l’Arabie, la Syrie et la Perse. La Syrie, issue de l’empire
LES PENSEURS DE L’iSLAM
grec, avec sa capitale Damas, se trouvait en rivalité avec l’Irâk, démembrement de la Perse, dont la ville la plus influente était alors Koufah. Cette ville, aujourd’hui ruinée, était en ce temps-là prospère et formait un centre politique important, à environ 40 kilomètres au sud des ruines de Babylone. Le Hedjâz avec ses deux villes saintes, où triomphaient les Alides, échappait au khalife de Damas.
‘Abd el-Mélik refit l’unité de l’empire. Il fut aidé dans cette tâche par le fameux général el-Heddjâdj, dont nous parlerons tout à l’heure, et par des ministres dont le plus éminent était un chrétien : c’était Sergius Mansour qui appartenait à une illustre famille jacobite de Damas, et qui fut père de saint Jean Damascène. A ce moment l’administration musulmane en Syrie suivait les traditions de l’administration byzantine ; les livres étaient encore tenus en grec ; on décida seulement sous le règne suivant qu’ils seraient tenus en arabe. La monnaie en Syrie était encore du type byzantin. Contrairement aux prescriptions du Coran, ‘Abd el-Mélik eut des monnaies à figures, comme en eurent plus tard d’autres dynasties musulmanes (1).
Un autre administrateur important sous le
1. Lammens, Le Chantre des Omiades , extrait du Journal Asiatique , Paris, 1895, p. 121.