CHAPITRE VII
— LES KHALIFES OMÉYADES 245
même khalife fut le chrétien Athanase, notable d’Edesse, qui fit construire à Edesse la magnifique basilique de la Mère-Dieu et deux grandes églises au Caire. Il fit refaire le baptistère d’Edesse, où l’on déposa l’image du Christ autrefois envoyée au roi Abgar. Athanase devint tellement riche que le khalife un jour le pria amicalement de partager sa fortune avec lui, ce qu’il fit d’assez bonne grâce. Le scepticisme des princes oméyades favorisait leur tolérance et leur permettait d’utiliser ainsi le talent des administrateurs et des savants chrétiens.
Poète lui-même, le khalife ‘Abd el-Mélik aimait la société des poètes (1). C’est sous lui que fleurirent les trois satiriques favoris des Arabes Djérîr, Férazdâk et Ahtal, dont nous avons fait mention. Ce dernier, qui était un bédouin chrétien, aimait à boire. Un jour il annonça au khalife qu’il venait de composer un panégyrique supérieur à tous ceux de Djérîr : « Récite-le moi » dit le Prince. Le poète s’excusa disant qu’il avait le gosier sec : « Qu’on apporte de l’eau », fit ‘Abd el-Mélik. — De l’eau ! s’écria Ahtal, c’est la boisson des ânes. — Du lait. — Du lait ; depuis beau temps je suis sevré.— De l’eau miellée. — Breuvage de malade. » Il fallut apporter du vin. Le poète en but deux rasades, puis dit : « Elles vont se battre dans mon esto-