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CHAPITRE PREMIER

LA PERSE AVANT L’iSLAM 23

les tuer ; mais l’ordre ne fut pas exécuté. Il commanda aussi de massacrer celles de ses troupes qui avaient fui devant Héraclius ; des cavaliers se révoltèrent. Ils proclamèrent son fils Chéroé, au cri de Kawân Châhinchah ! Le lendemain matin, ils se portèrent au palais ; tous les gardes du corps s’enfuirent. Eperwîz courut se cacher dans un de ses jardins ; il y fut bientôt découvert et pris. Les grands se rassemblèrent et proclamèrent Chéroé. Celui-ci était fils de Marie la grecque, la première femme d’ Eperwîz, et par conséquent petit-fils de l’empereur Maurice.

Peu de temps après qu’il eut été proclamé, les grands de la Perse vinrent le trouver pour lui demander de faire périr son père : « Nous ne pouvons avoir deux rois, dirent-ils ; ou tu tueras Chosrau et nous serons tes sujets obéissants, ou tu le laisseras vivre et alors nous te déposerons et nous recommencerons à le servir comme auparavant. » Ces paroles effrayèrent Chéroé. Il fit transférer le roi déchu de la prison du château dans une maison éloignée. Puis il lui envoya un message plein de reproches :

« Nous ne sommes pas cause, disait-il, du malheur où tu es tombé, et aucun de nos sujets n’en est cause. Mais Dieu t’a envoyé cette affliction en punition de tes mauvaises actions. » Alors il lui reprochait une série de crimes : le

LES PENSEURS DE L’iSLAM

parricide commis sur la personne du roi Hormuzd, la dureté envers ses fils, parmi lesquels il avait retenu Chéroé lui-même en prison, les sévices envers des prisonniers, la mort de 3.000 chevaliers et officiers, la contrainte exercée envers des femmes qu’il avait retenues près de lui contre leur gré, l’oppression de ses sujets par l’élévation de l’impôt foncier. Il avait, disait le mémoire, dans son âpre désir d’augmenter ses trésors, fait violence à ses peuples au point de les aigrir et de les jeter dans le besoin et dans l’angoisse. Il avait maintenu des troupes mobilisées aux frontières grecques, sans leur permettre de revoir leurs familles ; il s’était montré ingrat envers l’empereur byzantin, en particulier eu gardant la Sainte-Croix, reproche assurément injuste puisqu’il avait envahi l’empire grec pour venger la mort de Maurice.

Perwîz fit à ce réquisitoire de son fils une réponse longue et très digne. Il y parle, non comme un accusé, mais comme un père et un vieux monarque qui donne des leçons à un fils encore inexpérimenté. Il y passe en revue son long règne, explique les motifs de sa conduite, donne des règles pour le gouvernement. Il déplore en vieil autocrate que la souveraineté soit passée des rois au peuple, qu’il ait été lui-même dépouillé du pouvoir, et il prévoit que celui-ci ne restera pas aux mains de ses descendants, et

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