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CHAPITRE PREMIER

LA PERSE AVANT L’iSLAM 25

qu’il passera à des hommes qui ne seront pas de race royale. Il proteste qu’il n’a jamais emprisonné personne sans jugement, qu’il a traité les prisonniers avec l’humanité que commande la religion. Demande, dit-il, aux maîtres de la religion, qui sont les piliers de notre foi, comment il faut traiter ceux qui sont assez hardis pour violer les devoirs de l’obéissance et commettre des crimes dignes de la peine capitale ; ils te diront qu’ils ne méritent ni grâce ni pardon. J’entends dire maintenant que tu as l’intention de rendre la liberté à ces hommes faux, perturbateurs de l’ordre, et que tu as ordonné de détruire leurs prisons. Si tu agis ainsi, tu pécheras contre Dieu, ton Seigneur, tu te nuiras à toi-même et tu répudieras ta propre foi. Les Sages ont dit : ne diffère pas la punition des coupables ; car ce délai est une atteinte à la justice, et un danger pour la sécurité du royaume.

Quant à ce que tu prétends que nous avons été oppresseur et tyrannique en amassant de l’argent, des outils, des grains et autres objets, sache, ô fou, que le gouvernement des rois n’a en dehors de Dieu que ces deux appuis : l’argent et les soldats. Cela est particulièrement vrai du royaume de Perse, dont les frontières sont entourées d’ennemis ayant toujours la gueule ouverte et prête à dévorer ses biens. La seule manière de les empêcher de satisfaire leur féroce

LES PENSEURS DE L’iSLAM

appétit, c’est d’avoir une armée nombreuse, bien pourvue d’armes et d’appareils de guerre. Or, une armée nombreuse, avec tous les équipements qu’elle nécessite, ne peut s’obtenir que par le moyen de beaucoup d’argent ; et on se procure l’argent, pour le cas de besoin, en d’autant plus grande quantité qu’on élève davantage les impôts.

Nous ne sommes d’ailleurs pas le premier, continue-t-il, qui ait amassé de l’argent. Nos prédécesseurs en ont fait autant, et en ont toujours eu en réserve pour les troupes, l’entretien de leur autorité et pour des buts divers. Et il rappelle le progrès des finances et l’accumulation continue des richesses sous son règne.

Ce superbe plaidoyer fut apporté au triste Chéroé. Les grands n’en tinrent pas compte. Ils répétèrent leur menace : « Nous ne pouvons avoir deux rois ; ou tue-le, ou nous te déposons et lui redevenons fidèle. » Chéroé était, dit Firdousi, comme un valet dans leurs mains ; il eut peur et donna l’ordre de tuer son père. Mais tel était encore le prestige de ce grand monarque, que plusieurs se proposèrent pour exécuter l’ordre, et arrivés près de lui, ils faiblirent et reculèrent. Enfin, le fils d’un ancien gouverneur qu’il avait mis à mort pour un motif de superstition, se rendit auprès de lui. Perwîz le reconnut, dit quelques mots de regret sur son injustice à

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