CHAPITRE VII. - LES KHALIFES OMÉYADES
déchirer les voiles, et de n’en pas battre les murailles avec ses machines. Heddjâdj lança en plein jour de fête des grêles de pierres sur la Ka'bah et sur les pieux fidèles qui se pressaient à l’entrée de l’enceinte sacrée. Quelquesunes de ces pierres, dit un témoin, étaient aussi grandes que des tuniques de femmes. Ibn Zobéïr se défendit plusieurs mois avec un grand courage, et sa mère est restée à côté de lui une figure de femme héroïque dans l’Islam. Un jour la foudre tomba sur la montagne, et frappa plusieurs hommes de l’armée d’el-Heddjâdj. Cette sorte de présage fit hésiter les soldats. Le général prit lui-même une lourde pierre, la plaça dans le mangonneau, et cria : « Lancez-la !... Je connais le pays, ajouta-t-il ; la foudre tombe souvent ici. Demain un accident pareil frappera nos ennemis. » En effet, le jour suivant, plusieurs soldats d’Ibn Zobéïr périrent, touchés de la foudre.
O11 a quelques phrases de la harangue que prononça el-Heddjâdj avant de donner à La Mecque l’assaut final. On peut les comparer aux textes du Coran pour le cas où on serait tenté de regarder ceux-ci comme des proclamations guerrières. Il n’y a rien d’aussi précis ni d’aussi circonstancié dans tout le Coran : « Vous voyez le nombre restreint et méprisable des soldats qui restent auprès de l’hérétique Ibn Zobéïr...
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Occupez l’espace compris entre el-Hadjoun et les portes de l’enceinte sacrée ; occupez les portes afin que Zobéïr ne puisse pas s’évader. » L’assaut réussit.
Après avoir rendu La Mecque aux Oméyades, Heddjâdj fut nommé gouverneur du Hedjâz. Il fit reconstruire la Ka‘bah que son bombardement avait endommagée. C’était alors un édifice bâti par Ibn Zobéïr. Celui-ci avait allongé de sept coudées les dimensions du temple. Heddjâdj le replaça sur les fondations antérieures à Mahomet. Ibn Zobéïr avait mis la pierre noire à l’intérieur, — où d’ailleurs elle devait vraisemblablement être au temps du paganisme ; — Heddjâdj la fit remettre au dehors, encastrée dans le mur.
La carrière du général des Oméyades continua dans le même sens : la lutte contre les factions hérétiques en occupa la plus grande part. Du Hedjâz il passa dans l’Irâk, débita un prône effrayant aux habitants de Koufah, fit des exécutions à Bassorah, puis extermina les Kharédjites. Il étendit ensuite les limites du monde islamique vers l’est, fit des campagnes contre les Kurdes et les Turcs Dèïlémites, une autre contre le roi de Kâboul ; ses lieutenants pénétrèrent chez les Turcs de la Transoxiane, dans le Khârezm, à Samarcande, à Kachgar dans le Turkestan chinois, et jusque dans l’Inde. Sa-