CHAPITRE VII. — LES KHALIFES OMÉYADES
mort ! Mais silence ! et écoutez ce que dit le serviteur de Dieu. En vérité je n’espère de bonheur complet qu’au delà de cette vie. Allah n’a donné à aucune de ses créatures l’immortalité, sinon à la plus abjecte, Iblîs (le diable). Un pieux serviteur de Dieu, Salomon fils de David, disait un jour : « Seigneur, pardonnez-moi mes fautes et accordez-moi un grand royaume. » Ce royaume lui fut donné ; mais il s’est évanoui comme une ombre et lui-même devint comme s’il n’avait jamais été. Peuples, vous êtes ce roi. Il me semble que déjà je vois mourir tout ce qui vit ici, tout ce qui apparaît plein de sève. Tout homme est à la fin porté dans sa fosse : trois coudées de long sur deux de large. La terre dévore sa chair, boit le sang et l’eau de son cadavre, et ses fils qu’il aimait se partagent ses richesses, autre objet de son amour. »
Ces fragments sont précieux pour la comparaison avec les textes coraniques. Ils nous donnent une idée de ce que pouvait être l’éloquence d’un guerrier parlant en chaire aux premiers temps de l’Islam.
C’est donc à ce personnage cruel et étrange que l’on doit une nouvelle édition du Coran, celle en somme que nous possédons. Le texte sacré avait subi des altérations dansl’Irâk. El- Heddjâdj revint au texte d’Othman, et, comme avait fait ce Khalife, brûla par ordre d’‘Abd el-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Mélik les copies antérieures. Il nous est évidemment difficile de savoir avec quel scrupule il copia l’édition d’Othman. Il tint à ce que le texte fût marqué de points diacritiques et employa pour ce travail des secrétaires, parmi lesquels Hasan B as ri, un affranchi de Zéïd fils de Thâbit.
En 76 (695), sur l’ordre dnAbd el-Mélik, Heddjâdj fit frapper de la monnaie purement arabe. Les Khalifes antérieurs s’étaient servis des monnaies sassanides à légendes pehlvies, en y ajoutant seulement des légendes arabes. Il en fit frapper aussi à son propre nom, et établit un hôtel des monnaies à Koufah, puis à Wâsit. Il fut le fondateur de cette dernière ville en 83 ou 84 ; il y bâtit la mosquée et la citadelle avec la coupole verte.
Heddjâdj enleva aux scribes persans le divan de l’Irâk et le confia à des employés arabes ; il fit traduire les registres des finances pour le Sawâd et l’Irâk, du persan en arabe, de même qu’‘Abd el-Mélik avait fait traduire du grec en arabe le cadastre de la Syrie. Enfin el-Heddjâdj s’occupa de mettre en valeur des terres du Sawâd, partie fertile de la vallée du Tigre et de l’Euphrate, et encouragea l’agriculture (1). Hasan le Nabatéen dessécha à son profit des étangs de l’Irâk.