CHAPITRE PREMIER. - LA PERSE AVANT L’iSLAM
l’égard de son père, et ajouta : « Fais ce que tu as à faire. » Cet homme le frappa à la nuque d’une hache ; peut-être hésitait-il aussi. On raconte que les premiers coups furent sans effet. On fouilla alors Perwîz, et l’on trouva à son bras une amulette destinée à le protéger contre les atteintes de l’épée. L’amulette enlevée, il reçut le coup mortel (628).
En Arabie, la nouvelle de la mort de Khosrau Eperwîz fut accueillie avec une grande joie par Mahomet et par le groupe croissant de ses adhérents. Le Prophète était alors à Médine. Son instinct politique lui fit comprendre qu’il fallait le caractère hautain et sévère d’ Eperwîz pour maintenir dans l’unité un pays aussi menacé que la Perse par les ennemis extérieurs, et aussi travaillé qu’elle au dedans par l’indiscipline des grands et par les aspirations socialistes du peuple. Une fois mort ce puissant monarque, la Perse s’userait dans ses discordes intestines et deviendrait une proie facile, soit pour les Grecs, soit pour les Arabes. Mahomet paraît avoir eu cette prévision, qui fait honneur à sa perspicacité et qui se réalisa quelques années après, au bénéfice de sa propre nation.
28 LES PENSEURS DE L’iSLAM
Après avoir fait mourir Eperwîz,Chéroé manda sa veuve, Chîrîn (1). Elle parut devant lui, vêtue d’un costume noir et bleu. Ne voulant pas tomber entre ses mains, elle demanda la permission de voir le corps du défunt roi. Chéroé le lui ayant permis, elle retourna chez elle, affranchit ses esclaves, partagea entre eux et ses parents ses trésors, en donna une partie aux pauvres. Elle fit aussi une dotation aux temples du feu, et une autre pour la restauration d’un caravansérail en ruines, qui était devenu un repaire de lions. Tous ces legs étaient faits en souvenir de Khosrau, et avec l’intention de satisfaire l’âme de ce roi. Ensuite, ayant dit adieu à ses serviteurs, Chîrîn se rendit au tombeau de Khosrau. Elle chanta une lamentation funèbre, appliqua son visage contre celui du roi défunt ; puis, s’étendant auprès de lui, le visage voilé, le corps vêtu d’une robe imprégnée de camphre, elle avala d’un trait un poison foudroyant, et mit ainsi fin, dit Firdousi, à sa douce existence. Elle mourut emportant les bénédictions du monde.
Chîrîn est restée très chère aux poètes. Outre les admirables pages de Firdousi, deux longs poèmes épico-mystiques lui sont spécialement consacrés. On la représente chasseresse, mon-