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CHAPITRE VIII. — LA TRADITION

d’Ali. Elle est présente à la bataille « du Chameau » livrée près de Bassorah. Portée par un chameau dans une litière blindée, c’est-à-dire doublée d’une cotte de mailles, elle crie qu’elle veut venger le meurtre d’Othmân. Elle joue en quelque sorte le rôle d’étendard. On se bat autour d’elle ; la litière et les brides sont criblées de traits. Après la bataille, Ali vainqueur lui envoie Ibn ‘ Abbâs pour lui intimer l’ordre de retourner à Médine. Elle proteste contre l’envoyé qui s’est assis chez elle sans sa permission. Ali va la voir lui-même et, avec beaucoup de peine, la décide à partir. Il la fait escorter, raconte Mas'oudi, par 30 hommes et 20 femmes qu’il habille en guerriers. De retour à Médine, elle s’excuse en quelque sorte : « On m’avait dit, explique -t-elle : Montrez-vous, afin de pacifier les factions. De là tous nos maux. » Cette bataille eut lieu en l’an 36 de l’hégire ; Ayéchah avait alors près de cinquante ans.

Ibn£ Abbâs se vante de lui avoir donné le surnom de « Mère des Croyants » et de l’avoir cachée sous un voile après la bataille du Chameau. Elle est mêlée aussi à une controverse sur le mariage temporaire, soulevée dans une dispute entre Ibn‘ Abbâs et Ibn Zobéïr (1).

1. Le Mostatraf cite Ayéchah comme type d’éloquence, t. I, p. 754 ; t. II, p. 132 : « Mo‘âwiah a dit : Je n’ai connu personne de plus éloquent qu’Ayéchah. »

LES PENSEURS DE L’iSLAM

La figure d’Ayéchah jeune apparaît très vivante dans l’étude du P. Lammens sur Fâtimah. Le critique lui donne les qualificatifs de « sémillante » et d’« heureusement douée». Elle est centre d’intrigues ; elle intrigue elle-même avec Hafsah et forme ce que Lammens appelle le parti des Triumvirs. Elle est luxueuse : son appartement est orné de tapisseries et de tentures ; elle a des figures sur ses portières et même des poupées. Comme Abou Bekr et Omar, elle possède l’esprit commercial. La faveur dont elle jouit auprès du Prophète est très grande. Quand Mahomet est invité à dîner à Médine, il pose souvent la condition d’emmener avec lui Ayéchah. Elle excite la jalousie des autres femmes, et répond avec virtuosité à leurs insultes. Elle se moque des hadîth défavorables aux femmes. « La femme est fatale, répétait souvent Mahomet ; méfiez-vous des femmes, l’enfer en est peuplé. » A quoi Ayéchah répondait ironiquement : « Assurément, la femme est une vicieuse monture. »

Une des prérogatives de la favorite est d’arranger la belle chevelure du Prophète quand il revêt la tunique rouge les jours de grande représentation. Dans la dernière maladie de Mahomet, elle l’accapare en quelque sorte, et « monte bonne garde » autour de lui. Il paraît qu’après sa mort, l’ayant enterré sur place, elle ne changea

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