CHAPITRE VIII
LA TRADITION
la critique des traditions, et définit les critériums qu’on doit exiger de toute tradition prétendue authentique, sahîh. Malheureusement ce livre nous est encore peu connu.
Bokhâri (Abou ‘Abdallah Mohammed) (1) naquit à Bokhâra en 194 de l’hégire (810). Il était d’origine persane ; son quatrième aïeul porte un nom persan Bardizbeh, qui signifie, paraît-il, « le semeur ». Mais depuis trois générations, sa famille était musulmane. Tout jeune il perdit son père ; sa mère dirigea son éducation. Il fut très précoce et fit preuve tout enfant d’une mémoire extraordinaire. A 16 ans, ayant terminé ses études, il fit le pèlerinage de La Mecque, en compagnie de son frère et de sa mère ; puis il demeura seul à La Mecque, occupé de la recherche des hadîth (traditions) et de la biographie des râwi (les transmetteurs). A 18 ans, il publia son premier ouvrage, Kitâb qedâya es- Sahâbah, traitant des décisions rendues par les compagnons du Prophète et ceux qui les ont suivis et de leurs diversités d’opinion. Peu de temps après il publia à Médine «la Grande Histoire, et-Tarîkh el-kébîr », qui paraît traiter sur-
1. El-Bokhâri, Les Traditions islamiques, trad. de l’arabe par O. Houdas et W. Marçais ; fait partie des Publications de l’Ecole des Langues orientales vivantes, 4 vol. Paris, 1903-1914. — Pour la biographie, V. t. II, p. XVII et suiv.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
tout de la biographie des râwi,et dont il fit ensuite, selon la coutume de l’enseignement musulman, deux abrégés : une histoire moyenne et une petite histoire.
Ce n’était encore là pour lui que des travaux préliminaires. A partir de ce moment, il commença à accumuler les matériaux de son grand ouvrage qui l’occupa seize années. Il réunit des hadîth à Balkh, à Merw, Nîsâbour, Rey, Bagdad, Bassorah, Koufah, La Mecque, Médine, Wâsit, Le Caire, Damas, Césarée, Ascalon et Emèse. 1080 personnes ou râwi. les lui fournirent. Sa mémoire était prodigieuse. Tout jeune encore, il avait retenu de mémoire 75 mille hadîth, et il en posséda plus tard jusqu’à 200 mille, qu’il récitait avec une exactitude absolue et sans aucune hésitation. Il enseigna dans le Hedjâz, ITrâk et la Transoxiane ; ses leçons furent très suivies. Son caractère était des plus honorables. Il était fort bon et porté à l’indulgence, simple de goût, scrupuleux en affaires ; il disposait d’une large fortune qu’il avait héritée de son père, et il la dépensait presque toute en bonnes œuvres. Il mourut dans le bourg de Kharteng, le dernier Ramadhan de l’an 256 (870). On lui a attribué quelques miracles, et l’on dit que la terre prit une odeur de musc autour de son tombeau.
Krehl a publié à Leyde trois volumes du texte du Sahîh ; cette publication est restée