CHAPITRE VIII
LA TRADITION
traditions « fréquemment répétées, motéwâtir » ; le texte explique ce mot en disant : « Ce sont celles qui ont été émises par des personnes très nombreuses et dont on ne peut suspecter la sincérité. » Cette dernière condition est admise par tout le monde ; mais le commentateur observe que tout le monde n’exige pas que les auteurs de la tradition soient en très grand nombre ; une nouvelle rapportée par les akl el-Djâmï fait foi et cependant ils sont peu nombreux. Il faut que la transmission soit parfaite dans tous les temps ; que le premier transmetteur rapporte la tradition comme le dernier, le dernier comme un quelconque des intermédiaires. On ajoute que le râwi qui l’a émise doit avoir eu du fait une connaissance sensible et non pas d’ordre rationnel ; ainsi si les gens du Caire témoignent que le monde est créé, cela n’est pas une tradition moléwâtir , parce qu’ils connaissent le fait par déduction intellectuelle, non par l’expérience des sens. Un docteur demande que l’auteur de la tradition remplisse les conditions « de justice ‘adâlah et d’islam, » c’est-à-dire qu’il soit croyant et croyant vertueux ; mais cela n’est généralement pas exigé ; car si, je suppose, les habitants de Constantinople viennent nous dire que leur empereur a été tué, on admet que le fait est sûr, bien qu’ils soient infidèles.
L’auteur donne comme exemple de cette pre-
mière sorte de traditions, la plus parfaite de toutes, la transcription du Coran et les cinq prières quotidiennes, parce qu’on en a une connaissance certaine, comme d’une chose vue. Quelques Motazélites ont cependant prétendu que la connaissance que nous avons du Coran n’est pas nécessitée ; que c’est une « science de confiance », parce que nos cœurs préfèrent admettre la sécurité du saint texte, mais que cela n’exclut point l’hypothèse purement spéculative de l’erreur. Fakhr ed-Dîn Râzi reconnaît que la question est très discutable.
2° Ou bien il y a dans la transmission de la tradition des doutes de forme, des vices externes, mais avec certitude sur la teneur, sur le fond. Le hadîth est alors dit mechhour , c’est-àdire répandu, célèbre, bien connu. C’est celui qui à l’origine, à la première génération, a été émis par des personnalités isolées, puis qui a été ensuite divulgué par des hommes dont la sincérité ne peut être suspectée, les « suivants » de la seconde génération et par leurs successeurs. Cette sorte de tradition produit une science de confiance, assez sûre pour qu’on puisse l’ajouter à celle du Livre saint. Si la diffusion d’une tradition émise par une individualité isolée ne s’est produite qu’après la 3e génération, alors la tradition ne compte plus comme mechhour. Quelques docteurs voudraient que les hadîth de cette