CHAPITRE VIII. - LA TRADITION
seconde classe entraînent une science certaine, comme ceux de la première, parce que, disentils, la vertu des Compagnons et des premiers « suivants » et leur solidité dans la foi en garantissent absolument la véracité ; et qui les conteste est impie, kâfir. Selon l’opinion commune, celui qui doute d’une tradition mechhour n’est pas impie, mais il est dans l’erreur, il se trompe, iadill.
3° Ou bien encore la transmission de la tradition présente des vices de forme et de fond, soit qu’elle ne remonte pas sûrement jusqu’au Prophète, ou que la nation ne la reçoive pas tout entière. Ce peut être une information provenant d’un individu isolé, ou de deux individus ou même davantage, mais dont la transmission n’offre pas la sécurité des deux cas précédents. On peut se décider à agir d’après une tradition de cette sorte, dit l’auteur, si l’on n’a pas de décision certaine par le Livre, la coutume (. son nah), ou l’accord des croyants ( idjmâ‘ ).
La discussion sur la valeur du témoignage d’un seul est assez épineuse. Force est, selon le commentateur, de l’admettre dans les questions de religion : « C’est, dit-il, la sonnah, la pratique des Suivants ; ils s’accordent à recevoir les informations d’un seul dans les matières de religion, comme les informations sur la pureté de l’eau ou son impureté, » Le commentateur l’ad-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
met aussi pour le droit : « On comprend, ditil, qu’on ne trouve pas pour chaque cause une tradition motéwâiir. Si l’on rejetait le témoignage d’un seul, bien des jugements seraient impossibles. »
La valeur d’un témoignage unique dépend naturellement aussi de la qualité de celui qui le porte. Si l’auteur de la tradition, le râwi, est connu comme juriste, s’il a été éminent dans la dialectique ( l'idiiihâd ) (1), comme les Khalifes justes et les hommes pieux, tels que ‘Abdallah Ibn Mas‘oud, ‘Abdallah Ibn ‘Abbâs, ‘Abdallah Ibn ‘Omar, Zéïd fils de Thâbit, Obay Ibn Ka’b, Ma‘âdz Ibn Djabal, Ayéchah, ou s’il a été éminent en droit comme Abou Mousâ el-Ach‘ari, alors la tradition provenant de lui constitue une preuve supérieure à l’analogie (au qiyâs). En général, d’après l’imam Mâlik,le témoignage d’un seul ne vaut pas l’analogie. Selon l’école de Châfi‘i, dire que l’information d’un seul, quand elle contredit l’analogie, ne doit pas être reçue, est une doctrine mauvaise (qablh).
Si le râwi est connu pour sa vertu, mais non pour sa science du droit, s’il a été faible juriste comme Anas, Abou Horéïrah, Salman, Bilâl et d’autres, qui furent des compagnons célèbres, mais non point des dialecticiens, lorsque la tra-
1. L’étude et la discussion des parties difficiles du droit. Les principaux interprètes des imams fondateurs de rites sont dits modjtehid.