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CHAPITRE IX. — LA JURISPRUDENCE

les données, un peu pauvres, ce semble, de la question, données dont on aura sans doute quelque peine à tirer des résultats décisifs.

Mais laissons cela et venons-en aux grands jurisconsultes.

Abou Hanifah est le premier en date des grands jurisconsultes musulmans et le plus ancien des quatre fondateurs de rites ; il n’est pas le premier juriste de l’islam. La science du droit, fiqh, existait avant lui, et il eut des maîtres, des faqîh, qui sont cités. Mais il est l’un de ceux qui commencèrent à donner à l’ensemble du droit assez de consistance et de cohérence pour qu’il pût être rédigé en un corps, pour qu’on pût en former un recueil capable de servir de texte à l’enseignement et de base à la science. D’autres recueils furent composés presque en même temps. Le sien l’emporta sur eux et éclipsa la plupart des autres.

Abou Hanîfah fut assurément un grand esprit, l’un des plus grands du primitif islam. Il conçut le droit comme science rationnelle ; il le trouva fondé sur la révélation et sur la tradition, incomplet et fragmentaire et encore dans l’enfance, et il fit agir pour l’organiser et le développer, l’intelligence humaine. Non seule-

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ment il admit la méthode d’analogie qiyâs, qui ramène les cas nouveaux aux cas connus, mais il introduisit l’usage du raï, la vue, l’opinion personnelle, c’est-à-dire qu’il permit l’analyse rationnelle et la spéculation dans les questions de droit. Sa méthode fit un peu de scandale, mais somme toute réussit. Un ancien a dit (1) : « Il y a deux choses dont je croyais qu’elles ne passeraient jamais le pont de Koufah : la manière de lire le Coran, de Hamzah, et le système de droit d’Abou Hanîfah ; mais elles ont atteint les plus lointains horizons. — Une sentence d’Abou Hanîfah sur le droit, a dit un autre, a plus de charme qu’une belle poésie. Les ignorants seuls y trouvent des défauts. »

Nous savons malheureusement peu de chose sur ce juriste éminent ehnous n’avons que peu de traits pour reconstituer son caractère. Il naquit vraisemblablement en l’an 80 H.(699 Ch.), selon d’autres, en 61 (680), à Koufah, centre arabe à influence persane. Il était le petit-fils d’un esclave persan. Il a transmis des traditions d’après Nâfi‘, Salamah, Anas fils de Mâlik qu’il connut à Koufah et d’après l’imam alide Dja'far es-Sâdik. En droit il eut pour principal maître Hammâd fils de Salamah (2). Celui-ci fut un

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