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CHAPITRE IX. - LA JURISPRUDENCE

dit le Khalife. — Je ne la donnerai pas, répondit Dja‘far. — Que Zobéïdah soit répudiée 3 fois, s’écria alors Réchîd, si tu ne me la donnes ou si tu ne me la vends. A quoi Dja‘far répliqua : — Que mon épouse soit répudiée 3 fois si je la donne ou si je la vends !

Revenus à eux, ils comprirent qu’ils s’étaient mis dans un cas grave, et ils ne virent d’autre moyen que d’avoir recours à Abou Yousof. On se trouvait au milieu de la nuit. Réchîd envoie réveiller le docteur ; celui-ci ordonne à son page de prendre le reste de la ration de sa monture et se rend au palais. Le Khalife lui explique l’affaire. — Rien de plus facile à arranger, dit Abou Yousof ; ô Dja‘far, vends la jeune fille au Khalife pour moitié, et cède-la lui pour moitié ; ainsi vous ne violerez pas vos serments.

Mais tout n’est pas fini. Le Khalife qui aime ardemment cette jeune esclave, veut en jouir sur le champ ; il n’a pas la patience d’attendre que le temps légal pour qu’elle redevienne permise soit passé. Abou Yousof lui dit : — Appelle un de tes mamelouks, de ceux que tu ne t’es pas engagé à affranchir ; je lui ferai épouser cette jeune fille et il la répudiera aussitôt, avant la copulation ; de cette façon, tu n’auras pas à attendre de délai légal pour en jouir. Le mariage, est aussitôt contracté ; mais lorsque le Kâdi dit au mamelouk : Maintenant répudie-

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la, tu auras 100 dinars, celui-ci refuse quelque somme qu’on lui propose. Réchîd est désolé ; que faire ? — O Emir des Croyants, dit Abou Yousof, ne t’afflige pas ; donne le mamelouk à cette jeune fille. — Je le lui donne, dit Réchîd. — Dis : je l’accepte, ordonne le Kâdi à la fille. — Je l’accepte, répond-elle. — Maintenant, conclut Abou Yousof, je prononce leur séparation, car du moment qu’il est entré en sa possession, le mariage se trouve annulé.

L’anecdote qui précède dans les Mille et une Nuits est amusante aussi : « Un persan, au temps de Hâroun er-Réchîd, a été assailli par un Kurde qui lui a volé son sac ; la foule les envoie devant le Kâdi, qui n’est point nommé. Le Kâdi interroge : Quel est le plaignant ? Le voleur s’avance et demande qu’on lui attribue le sac. — Décris-moi ce qu’il y a dedans, dit le juge. Le Kurde fait une énumération ridicule d’objets comprenant : du collyre pour les yeux, un essuie-mains, 2 tentes vertes, des cruches, des plats, puis des animaux : une vache et 2 veaux, une chèvre et 2 brebis, un buffle et 2 taureaux, une lionne et 2 lions, une ourse et 2 renards, et finalement, dit le Kurde, « un Kâdi et 2 témoins qui témoignent que ce sac est à moi ». — Le juge pose la même question au persan : « Il y a dans le sac, répond celui-ci, les villes de Bagdad et de Basrah, le château

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