CHAPITRE IX. - LA JURISPRUDENCE
d’Abou Hanîfah. Tant qu’Abou Yousof, le disciple d’Abou Hanîfah, fut grand Kâdi, tous les Kâdis, depuis l’Orient jusqu’aux extrémités de l’Afrique, étaient du rite Hanéfite, parce que Abou Yousof ne nommait que des docteurs de son parti. Mais, après sa mort, Yahya el- Leïthi acquit l’influence sur le sultan et, comme il avait la nomination des juges, il ne les prenait que dans son école.
Ce docteur avait un caractère élevé ; jamais il ne se laissa corrompre. Son intégrité augmenta son prestige aux yeux du public et le porta à se ranger de son parti. On dit qu’il s’était assimilé tout à fait l’esprit, l’aspect extérieur, les manières et jusqu’à la façon de s’asseoir de Mâlik. Il mourut en 234, laissant un très grand nombre de disciples. Son tombeau était à Cordoue et l’on allait y faire des prières pour la pluie.
On cite au sujet de ce docteur cette amusante anecdote : L’émir ‘Abd er-Rahman, fils d’el- Hakem, rassembla un jour dans son palais les jurisconsultes. Il s’était uni à une jeune esclave qu’il aimait, pendant le Ramadan et il le regrettait vivement. Il voulait les consulter sur la pénitence à faire et sur l’amende. Yahya dit : « Répare ta faute par un jeûne de deux mois consécutifs. » Cette solution étonna les docteurs, mais ils se turent. Lorsqu’ils furent sortis :
LES PENSEURS DE L’iSLAM
« Pourquoi, lui demanda l’un d’eux, n’as-tu pas décidé selon la doctrine de Mâlik, qui laisse le choix entre l’affranchissement d’un esclave, la nourriture de 60 pauvres et le jeûne ? — Si nous lui avions ouvert cette porte, répondit Yahya, il lui eût été trop facile de recommencer : il lui eût suffi d’affranchir tous les jours un esclave. J’ai choisi la pénitence la plus pénible pour qu’il n’y revienne pas. »
Un docteur de cette école d’une époque plus tardive est Khalîl, fils d’Ishâk el-Djoundi el- Misri, bien connu sous le nom de Sîdi Khalîl. Il étudia au Caire, fut professeur et mufti à la Cheïkhouniyah et mourut dans cet emploi en 767 (1365). On lui doit un précis de droit malékite ( mokhtasar ) qui a été souvent commenté. Cet ouvrage a été imparfaitement traduit en français par Perron, et imprimé à Fez, au Caire et à Constantine ; plusieurs des commentaires ont été édités en Orient (1).
La troisième école, celle de Chafi'i, produit une réaction plus accentuée que celle de Mâlik contre l’usage du sentiment personnel en droit ;
1. lre éd. 1848 ; 2e éd. 1877. — Précis de Législation Musulmane , suivant le rite Malékite, par Sidi Khalil, collection de la Société Asiatique.