CHAPITRE IX. ■ — LA JURISPRUDENCE
maire et de poésie. Ceux-là restèrent jusqu’à midi. Alors Châffi s’en alla.
C’est en 199 que Châfri vint au Caire, au commencement du Khalifat de Mamoun. Il habita cette ville jusqu’au gouvernement d’es-Sori fils d’el-Hakem de Balkh, qui appartenait à la tribu des Zott. Ce gouverneur l’honorait, lui donnait la préséance et ne mettait personne au-dessus de lui. L’imam était aimé aussi des notables et du peuple pour sa science, son talent juridique, la beauté de sa parole, ses qualités littéraires et sa douceur.
Il y avait au Caire un homme de la suite de Mâlik fils d’Anas, du nom de Fitiân, étourdi et colère. Cet individu discutait souvent avec Châfri, et le public se rassemblait autour d’eux. Un jour ils discutaient sur la question de la vente du horr, c’est-à-dire de l’esclave mis en gage, lorsque celui qui l’a donné en gage l’a affranchi, n’ayant pas d’autre fortune que lui. Châfri disait que la vente est légitime ; l’autre soutenait que non. Les arguments de Châfri l’ayant emporté, Fitiân ne se contint plus et insulta grossièrement le docteur. Celui-ci ne lui répondit rien et passa à un autre sujet.
L’incident fut rapporté au gouverneur es-SorL II manda Châfri qui amena des témoins. Le gouverneur fit fouetter Fitiân et le fit prome-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
lier sur un chameau, avec un crieur disant :
« Voilà la récompense de celui qui injurie la famille du Prophète ! » Mais à la suite de cette aventure, des hommes insolents se joignirent à Fitiân, allèrent au cercle de ChâfPi, dispersèrent ses compagnons, l’assaillirent et le frappèrent. On le rapporta malade à sa maison et il y mourut (1).
Jâkout remarque que, pour un docteur, Châfi‘i était jeune. La plupart des grands traditionnistes, dit-il, ne transmettent de nombreuses riwâyet qu’après qu’ils ont passé 60 ou 70 ans, et ChâfPi ne dépassa pas 54 ans. Cet imam fut enterré au Caire. « Salâh ed-Dîn (Saladin) protecteur des lettres, dit Savary (2), fit construire dans le quartier de Carafïe une université et la belle mosquée qui couvre le tombeau de Schaffey, fondateur d’une des 4 sectes Sunnites. » La mosquée existe encore, mais les bâtiments de l’université tombent en ruines ; la mosquée el- Azhâr, mosquée des fleurs, l’a remplacée. De nos jours, on distingue encore, dans la série des tombes des Mamlouks, le dôme important du tombeau de l’imam ChâfPi, d’une couleur gris bleu, à côté d’un vaste cimetière moderne.