CHAPITRE IX. — ■ LA JURISPRUDENCE
gibles comme d’esclaves, ou d’animaux, le prêt ne peut pas être garanti ; il y a au contraire garantie permanente dans le cas de meubles ou d’ornements, sauf en cas de force majeure où la caution devient nulle. Il existe d’autres avis sur ce sujet. La partie commune de la théorie est que la chose prêtée ne peut servir à l’emprunteur que pour l’usage que le possesseur lui a permis d’en faire, et que si la chose prêtée vient à périr par la faute de l’emprunteur, celui-ci doit la caution.
L’étude de Vikhtilâf exige, on le voit, des esprits très exercés, et elle n’est d’ailleurs autre chose que la science même du droit, discutée et approfondie.
Au IIIe siècle de l’hégire se détacha de l’école de Châfhi une école beaucoup plus rétrograde (1). Celle-ci non seulement proscrivit l’exercice de la pensée et l’usage de l’opinion personnelle en matière juridique, mais elle combattit même l’emploi de l’analogie, du qiyâs ; elle prétendit
i. V. sur les Zâhirites : I. Goldziher, die Zâhiriten, ihr Lehrsystem und ihre Geschichte, Leipzig, 1884, pp. 27-30 pour Abou Soleïman Dâwoud ; — Makkari, Analectes, t. I, seconde partie, éd. Ludofï Krehl, Leyde, 1856, pp, 512-515 pour Ibn Hazm.
332 LES PENSEURS DE L’iSLAM
s’en tenir au sens immédiat et extérieur du texte, d’où son nom : école Zahirite, de zâhir , extérieur. Goldziher a consacré naguère à cette école toute une étude qui, à l’époque où elle a été écrite, jeta beaucoup de lumière sur l’histoire encore fort obscure du droit musulman.
Les Zâhirites furent fondés par Abou Soléïman Dâwoud, docteur né à Koufah vers 200, d’une famille de la région d’Ispahan. Il se forma à Bagdad et à Nîsâbour sous des maîtres Châfi- ‘ites et enseigna à Bagdad où il eut un grand succès. Il mourut dans cette ville en 270. Son caractère et sa piété sont loués par les biographes. Goldziher dit qu’outre l’analogie et le ia‘lîl, qui est la considération des motifs rationnels qui ont pu décider des jugements antérieurs, il rejeta encore le taqlîd. Le taqlîd est l’adhésion libre à la pensée d’un imam ou d’une école dans les questions qui ne sont pas clairement décidées par les sources du droit. Il aurait dit : « Llonte à celui à qui on donne une torche, avec laquelle il pourrait éclairer son chemin et qui souffle cette torche pour s’en aller vaguer, appuyé sur un autre. »
Le plus célèbre docteur de l’école Zâhirite est Abou Mohammed Ibn Hazm. Malgré l’antiintellectualisme de son parti, il passa aux yeux des Musulmans pour un très grand savant. Il était espagnol. Nous avons vu, en parlant de