CHAPITRE X
LA JURISPRUDENCE (suite) ANALYSE D’OUVRAGES CÉLÈBRES
Le droit agricole d’après Abou Yousof. — Le droit administratif d’après Mawerdi.
— Le droit de la guerre d’après Sidi Khalil. — Le droit commercial d’après Gazali et Nawawi.
Nous allons, dans ce chapitre, analyser quelques passages d’ouvrages célèbres sur le droit. Il est juste de reconnaître les obligations que nous avons en ces matières à un savant français, M. E. Fagnan : sur 5 ouvrages dont nous parlons, 3 sont traduits par lui ; ses traductions claires et précises, accompagnées de notes sobres mais instructives, peuvent rendre à tous ceux qui ont intérêt à connaître le droit musulman les plus utiles services. Nous traiterons du droit agricole d’après Abou Yousof, le grand Kâdi, qui appartient à l’école hanéfite ; son gen-
re est à la fois rationnel et pratique. Nous parlerons du droit administratif d’après l’ouvrage déjà connu de Mâwerdi ; cet auteur appartient à l’école châfi’ite, mais il en représente peu l’esprit, et il doit être regardé plutôt comme un type de l’esprit philosophique en droit. Pour le droit des gens, le droit de la guerre, nous nous servirons de Sidi Khalîl, le docteur Malékite bien connu, celui de tous les auteurs dont nous parlons qui est le plus purement juriste. Le droit économique et commercial sera traité d’après Gazali. Gazali appartient à l’école châfbite, mais est avant tout un théologien. En joignant à ces morceaux les passages de Bokhâri, traditionniste, sur le droit pénal, que nous avons analysés plus haut, et ceux de Zamakhchari sur le droit civil, résumés ci-après, on aura une première idée, déjà assez compréhensive, du droit musulman sous ses différents aspects.
C’est un fort bel ouvrage que celui d’ABOU Yousof sur l’impôt foncier, ou Khcirâdj (1). Il dénote un esprit supérieur, aux vues larges, facile et pratique, non théoricien ni subtil à l’excès, et qui sait respecter dans une juste mesure
1. Abou Yousof Ya‘koub, le Livre de l'impôt foncier , traduit et annoté par E. Fagnan, Paris, 1921.