CHAPITRE II
l’arabie avant l’islam 35
met, le petit royaume de F Yémen était assez troublé. Après divers scandales, un aventurier fut renversé par un jeune prince, descendant des anciens rois du pays, appelé Dzou Nowâs. Chose assez rare, ce Dzou Nowâs embrassa le judaïsme et en fit la religion officielle de son petit état.
Or il y avait au Nord de l’Yémen, dans l’intérieur des terres, une région appelée le Nedjrân, où se trouvait une communauté chrétienne. Tabari dit qu’il y avait là « des restes de la religion de Jésus » ; et cela semble avoir été en effet des demi-chrétiens, des chrétiens d’intention plutôt que régulièrement organisés. Ils avaient été formés par un pieux personnage du nom de Phémion, nom grec ; ce qui indique que l’influence des moines grecs venant de Syrie s’étendait jusque-là. Ce Phémion était un homme spirituel, un ascète ayant renoncé au monde et dont Dieu exauçait les prières. Il fréquenta d’abord différents villages de Syrie, où il travailla comme maçon. Le dimanche, il cessait son travail et se retirait dans le désert pour s’y livrer à l’oraison. Un habitant d’un de ces villages s’était attaché à lui et était devenu son disciple. Un jour que Phémion priait dans le désert, cet homme, se tenant à une distance respectueuse, vit un dragon à sept têtes qui s’avançait menaçant vers son maître ; mais, aussitôt que le religieux eut jeté un regard sur la
LES PENSEURS DE L’iSLAM
bête, celle-ci recula et mourut. Phémion fit ainsi divers miracles. Il arriva qu’il fut rencontré avec son compagnon par une caravane qui les prit et les revendit comme esclaves dans le Nedjrân. Là les habitants étaient fétichistes et adoraient un palmier. Phémion se met à prêcher contre leur idolâtrie, et Dieu, sur sa demande, envoie un vent qui déracine le palmier. Phémion lui-même ou ceux qui l’écoutent font des guérisons en se servant du grand nom de Dieu ; la maison où il habite paraît, la nuit, lumineuse.
Convaincus par tant de signes, les habitants de Nedjrân embrassent la foi chrétienne. Telle fut l’origine, à demi légendaire, de cette petite chrétienté ou quasi-chrétienté de l’Arabie centrale.
Le roi de l’Yémen, qui avait adopté le judaïsme, trouva bon de persécuter ces chrétiens. Il entra chez eux avec une armée composée d’Yéménites et d’Himyarites, les fit venir en sa présence et les somma d’embrasser la foi des Juifs et de renier celle de Jésus. Les braves Nedjraniens préférèrent périr. 20.000 d’entre eux furent mis à mort, brûlés vifs dans un fossé. Après cette exécution, le roi de l’Yémen rentra dans Sana‘â.
Un Nedjranien chrétien échappé au massacre vint trouver le roi d’Abyssinie, le Négus. L’Abyssinie était depuis longtemps chrétienne et constituait à cet égard comme un prolongement de l’Egypte, qui avait été, dès les origines du chris-