‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 22 sur 235 · CHAPITRE II. - L’ARABIE AVANT L’iSLAM · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. - L’ARABIE AVANT L’iSLAM

tianisme, évangélisée par S. Marc (1). L’Egypte faisait alors partie de l’empire byzantin, et l’Abyssinie, quoique indépendante en principe, se trouvait de fait placée dans la sphère d’influence byzantine.

Lors donc que le Négus entendit la plainte du chrétien de Nedjrân, il en fut touché et il désira venger ses coreligionnaires martyrs. Il écrivit donc à l’empereur de Constantinople pour lui demander des vaisseaux pour le transport des troupes, en lui envoyant comme témoin les restes d’un évangile à demi consumé. L’empereur fit partir une flotte de transports. — On dit aussi que le chrétien arabe fugitif s’adressa directement à l’empereur, lequel écrivit au Négus, pour lui conseiller de prendre en mains la cause des chrétiens d’Arabie. Les deux versions reviennent à peu près au même. — Le Négus envoya en conséquence dans l’Yémen 70.000 hommes montés sur les vaisseaux grecs, commandés par un général abyssin, qui débarquèrent un peu au Nord d’Aden et firent la conquête de l’Yémen. C’est ainsi que l’empire byzantin, par l’intermédiaire de l’Abyssinie, étendit sa sphère d’action dans l’Arabie méridionale.

Les Abyssins d’ailleurs, pendant le temps

1. Sur la littérature abyssine, v. le Corpus scriptorum Christianorum Orientalium dirigé par J.-B. Chabot, et les travaux de Guidi.

qu’ils restèrent maîtres de l’Yémen, ne s’y firent pas beaucoup d’honneur. Ils commencèrent par ravager 1/3 du pays, tuèrent 1/3 des hommes, envoyèrent 1 /3 des femmes et des enfants en esclavage. Ils détruisirent plusieurs vieux châteaux, dont l’un remontait, selon la légende, au temps de la reine de Saba.

Abrahah, le général abyssin, devenu viceroi de l’Yémen, eut la prétention de bâtir dans Sanacâ une église plus belle qu’aucune qu’on eût encore vue sur la terre. Son intention était d’y attirer les pèlerins arabes, au lieu de les laisser aller à La Mecque, pour qu’ils vinssent ainsi se placer sous l’influence gréco-chrétienne. L’empereur fournit pour la construction de l’église des ouvriers, des mosaïques et du marbre. On employa des matériaux provenant de l’ancien château de Bilqîs, la reine de Saba, qui était distant d’une parasange. Quantité de marbres variés furent mis en œuvre, ainsi que des pierres incrustées d’or, d’argent et de pierreries. On dressa dans l’église des croix d’or et d’argent, avec des chaires d’ivoire et d’autres matières précieuses. Cette église, perdue au fin fond de l’Arabie, devait être une des plus belles du monde byzantin.

Quand la construction fut achevée, Abrahah écrivit au Négus qu’il allait y faire venir les Arabes en pèlerinage. Mais les Arabes, qui avaient

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