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CHAPITRE X. - LA JURISPRUDENCE

pétence, ses attributions peuvent être délimitées ; et Mâwerdi en distingue 10 espèces : le juge solutionne les différends, pourvoit aux tutelles, surveille les fondations pieuses, marie, assure l’exécution des testaments, applique les peines légales, poursuit après preuve l’accomplissement des obligations particulières au profit des ayants droit. L’ancien islam n’a pas distingué comme nous les maires et les juges de paix des juges proprement dits. Mâwerdi donne aux Kâdis certaines attributions d’ordre public qui rentreraient pour nous en partie dans celles des maires, comme d’ailleurs le mariage : le juge doit veiller aux règles ou coutumes d’utilité publique dans sa circonscription, en empêchant toute transgression dans les rues et places publiques, et en faisant détruire les bâtiments en saillie ou indûment élevés. Il peut y procéder de son chef, sans qu’il y ait eu plainte, sauf dans l’opinion d’Abou Hanîfah, qui demande qu’il y ait un plaignant.

Mâwerdi cite un bref d’Omar, adressé à Abou Mousâ el-Ach‘ari, lorsqu’il le nomma Kâdi à Koufah. Cette page renferme la morale de la question plutôt que des prescriptions positives. « Rendre la justice, dit le Khalife, est une prescription divine... Sois très attentif lorsque l’on a recours à toi. Garde-toi de toute agitation, et ne manifeste pas d’ennui devant les plaideurs...

LES PENSEURS DE L’iSLAM

Que ton visage, ta justice et ton tribunal soient les mêmes pour tous les hommes. Le noble ne doit pas pouvoir compter sur ta partialité, ni le faible, douter de ta justice. La preuve incombe au demandeur, le serment au négateur. » La recommandation suivante est plus scabreuse : « Si une décision rendue la veille te paraît fausse le lendemain, n’hésite pas à la rectifier. La vérité est éternelle ; mieux vaut y revenir que de laisser persister l’erreur. » Un tel conseil pris à la lettre risquerait bien un peu de nuire à la stabilité des jugements. « Quand la vérité est fixée où elle doit l’être, cela vaut au juge de la part d’Allah une grande récompense et une belle mention. »

Il est certain que ces grands législateurs de l’islam avaient un désir sincère d’atteindre à la justice ; ils ont cru en elle, et ils l’ont cherchée avec application. On ne trouve pas chez eux des traces de cet esprit sceptique d’après lequel la justice ne pouvant jamais être parfaitement connue, soit parce que certaines circonstances des faits restent toujours douteuses, ou que le degré de culpabilité interne et de responsabilité ne peut être exactement apprécié, les jugements humains ne sauraient être qu’approximatifs;et les arrêts de la justice humaine auraient moins pour but de rendre à chacun ce qui lui est dû, que de mettre fin dans les meilleures conditions possi-

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