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CHAPITRE X

blés à un état fâcheux d’antagonisme et de querelle ; on ne rencontre pas, dis-je, ce sentiment chez les juristes de l’islam. Toutefois le scepticisme retrouve chez eux un peu de place par ce système des rites ou des écoles qui admet pour une même question plusieurs solutions opposées.

Outre la fonction de juge ordinaire ou Kâdi, deux autres fonctions de magistrature sont expliquées par Mâwerdi et d’une façon très attachante : l’une, celle de « redresseur des abus », et l’autre celle de mohlesib ; la première, supérieure à celle de Kâdi ; l’autre à peu près égale, mais assez différente.

Le rôle de redresseur des abus a été tenu directement chez beaucoup d’anciens peuples par le souverain. C’était un des plus beaux privilèges du monarque et la plus noble marque de son autorité, que de veiller à la bonne administration de la justice dans ses états, que de contenir chacun dans la limite de ses pouvoirs, de protéger le faible contre le fort et de pouvoir rendre lui-même, lorsqu’il voulait, la justice à son peuple. Le peuple avait immédiatement accès auprès de lui, en certains jours ou à l’occasion de certaines sorties ; le monarque écoutait les doléances, et le moindre de ses sujets pouvait porter plainte contre le plus grand. C’est l’exemple que donna chez nous saint Louis jugeant sous le chêne de Vincennes.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

Chez les Arabes, le premier Khalife, selon Mâwerdi, qui assigna un jour déterminé dans lequel il prenait connaissance des plaintes contre abus, fut ‘Abd el-Mélik fils de Merwân, le grand Khalife oméyade ; il avait près de lui un Kâdi auquel il remettait les cas difficiles. Le pieux Khalife ‘Omar fils d’‘Abd el-‘Azîz, de la même dynastie, s’occupa aussi personnellement de cet office, réprima les abus, restaura les coutumes équitables, et « fit restituer à leurs propriétaires les biens dont les princes Oméyades les avaient injustement dépouillés. Plus tard les Khalifes abbassides, Mehdi d’abord, puis Hâdi, Réchîd, Mamoun et Mohtadi, tinrent des audiences publiques dans ce but : les propriétés revinrent aux mains de leurs maîtres légitimes. Auparavant les rois de Perse avaient observé la même pratique, la regardant comme une des bases de la souveraineté et de la justice. »

Mais dans la suite les souverains se dessaisirent de ce soin. On nomma un magistrat spécial pour cette fonction, avec le titre de « redresseur des abus ». Ce magistrat, entouré de gardes, de Kâdis, de juristes et de scribes, reçoit les plaignants, autant que possible tous les jours. Il examine es abus de pouvoir des gouverneurs à l’égard des sujets, les exactions commises par les percepteurs dans leurs prélèvements sur les biens, la gestion des scribes des bureaux officiels,

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