‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 212 sur 235 · CHAPITRE X. - LA JURISPRUDENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. - LA JURISPRUDENCE

qui inscrivent les sommes encaissées et dépensées. Il veille à l’administration des woqouf fondations pieuses, au bon ordre et à l’observation des coutumes dans les grandes solennités religieuses : prière du vendredi, fêtes, pèlerinage et même guerre sainte. C’est une sorte d’inspecteur général de l’administration et de la police.

On serait peut-être embarrassé de citer beaucoup de noms de magistrats ayant été investis de cette charge, qui paraît plutôt être une conception idéale de Mâwerdi lui-même ou de quelque autre juriste, qu’une fonction ayant réellement existé. Mâwerdi ne nomme en ce sujet que des Khalifes. Toutefois Fagnan, dans une note de la page 157, remarque qu’en Egypte cette fonction était confiée au « prince des émirs, melek el-omarâ », d’après VAthâr el-owal ; Makrîzi dans son Khitat (II, p. 207) a aussi quelque chose sur ce sujet. Relevons cette parole extraite d’un prône d’‘Omar fils d’£Abd el-‘Azîz : « Certains gouverneurs semblent indifféremment se faire acheter la vérité ou livrer l’erreur contre rançon. Je le jure, si je ne ressuscitais pas les pratiques justes, si je ne détruisais pas les fausses, je ne me soucierais pas de vivre un seul instant. »

La fonction du Mohtesib consiste à faire accomplir le bien manifestement négligé, où à défendre le mal ouvertement pratiqué. Le mohte-

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sib s’occupe de maintenir le bon ordre en beaucoup de matières. C’est aussi un « redresseur de torts », mais à un plus petit pied que le précédent. Il est officiel ou volontaire. La fonction de redresseur de torts, quand on se la donne à soi-même, est généralement abhorrée d’autrui : je suppose que le mohtesib volontaire doit au moins avoir été préalablement admis par le pays où il compte exercer son zèle. Gazali, dans son grand traité de Vlhyâ, a un chapitre sur le devoir, — qu’il considère comme incombant à tous les fidèles, — de promouvoir le bien, selon ses moyens, et d’empêcher le mal. Mâwerdi, parlant en un sens plus juridique que religieux, s’occupe de ce devoir comme d’une fonction spéciale.

Il est juste de dire, pour ôter de l’esprit du lecteur ce que ce rôle peut avoir d’un peu odieux, que Mâwerdi défend en principe à ce fonctionnaire tout ce qui ressemble à de l’espionnage : il ne doit agir que sur des faits de notoriété publique. Le grand Omar entra une fois dans une taverne illuminée, où était une société de gens occupés à boire du vin : « J’ai prohibé, dit-il, ces sortes de réunions; j’ai défendu d’illuminer les cabarets ; pourquoi le faites-vous ? — Prince des croyants, lui répondirent ces hommes, Allah t’a défendu d’espionner ; il t’a défendu d’entrer quelque part sans permission, et pourtant tu le

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