CHAPITRE X. - LA JURISPRUDENCE
bien déterminé : la somme remise, l’objet à livrer, le temps, le lieu de la livraison. On ne doit pas par exemple demander à terme une chose précieuse et rare, comme une perle extraordinaire, une belle esclave avec son enfant, choses qui manquent le plus souvent.
Le contrat de salaire a deux principes ou éléments : le salaire et l’utilité. En ce qui concerne le contractant et la parole qui établit le contrat, c’est la même chose que pour la vente, et le salaire est ici ce qui correspond au prix dans la vente. Il faut qu’il soit bien fixé d’avance et que les conditions exigées pour le vendeur soient remplies ; on doit aussi s’abstenir de certaines pratiques ayant cours. Ainsi louer une maison pour son entretien est mauvais, puisque le montant des frais est ignoré, et si l’on spécifie tant de dirhems pour le prix du loyer, en imposant au preneur l’obligation d’appliquer cette somme à l’entretien de la maison, cela n’est pas licite non plus, parce que le travail à faire pour l’entretien n’est pas connu d’avance. De même convenir de payer l’écorcheur avec la peau de l’animal, ou le porteur de charogne avec le cuir, ou le meunier avec le son, est blâmable, la valeur du paiement n’étant pas déterminée. Il ne faut pas non plus louer une maison, je suppose un dinar par mois, sans spécifier le nombre des mois ; la location serait caduque. L’utilité que
LES PENSEURS DE L’iSLAM
l’on a en vue dans ce contrat est le travail. Ici comme pour les sommes d’argent et les denrées, Gazali exige une parfaite clarté. Le travail doit être nettement spécifié et connu ; il faut que l’ouvrier s’y applique de bon cœur et qu’il en prenne la charge de plein gré.
Le crédit Qirâd a 3 éléments (1) : le capital, le bénéfice et le travail. 1° Le capital. Il faut qu’il soit en bon argent comptant, en quantité connue, remis à celui qui fait l’opération. Ce contrat ne doit pas être consenti sur de la menue monnaie, ni sur des marchandises, car cela gêne le commerce ; non plus sur une bourse de dirhems, parce que la quantité n’y est pas explicite. Le prêteur ne peut pas poser la condition qu’il garde une part dans la direction de l’affaire, parce que cela gêne le commerce. — 2° Le bénéfice doit être fixé en fraction, il veut dire la part de bénéfice réservée au capitaliste : il peut poser la condition qu’il lui revienne 1/3 ou 1 /2 du
1. Qirâd. On a remarqué (Carusi, J. Pégy) la ressemblance de ce mot avec sa traduction crédit, credito. Je ne crois pas pour le moment qu’on puisse rien en conclure relativement à l’histoire du droit. J’ai d’ailleurs montré qu’il existe entre les langues sémitiques l’arabe en particulier, et nos langues indo-européennes beaucoup plus de rapports lexicographiques qu’on ne le croit généralement. V. notre Tableau des Racines sémitiques, accompagné de comparaisons ; Paris, 1919, autogr. — Carusi a relevé aussi le rapport : arabe waritha, hériter ; lat. haeres, gén. haered-is.