‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 224 sur 235 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Tabari au contraire approfondissait toute science dont il commençait à s’occuper et se gardait des mœurs qui ne conviennent pas à un docteur, et il s’en abstint jusqu’à sa mort. Il aimait le sérieux en toute circonstance. Une contestation s’éleva un jour entre Dâwoud et lui; la réplique manqua à Dâwoud, ce qui blessa ses partisans ; l’un de ceux-ci lança à Tabari une parole aigre. Tabari quitta la séance. C’est à la suite de ces faits qu’il composa ce livre ; il le fit ensuite paraître peu à peu.

Il l’avait fait précéder d’un discours, une khotbah , qui était une des plus belles choses qu’il eût écrites. Il la retrancha après la mort de Dâwoud. Celui-ci interdit la parole pendant un an à son élève qui l’avait insulté. Plus tard le fils de Dâwoud répondit à cet ouvrage de Tabari contre son père, dans un livre où il commence par des injures à l’égard de notre docteur. Celui-ci ne lui en voulut pas, ainsi que le fils de Dâwoud le raconte lui-même : « J’entrai un jour, dit-il, chez Ibn Abî Hâmid qui avait près de lui Tabari. — -Voici, lui dit l’hôte, le fils de Dâwoud d’Ispahan. — Tabari me regarda, me souhaita la bienvenue et se mit à faire l’éloge de mon père et à m’expliquer ce qu’il avait supprimé de son discours contre lui. »

Tabari avait encore formé le projet d’écrire un livre sur le qiyâs, l’analogie. Il avait prié

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un ami de lui réunir les ouvrages sur ce sujet ; on en trouva 30 et quelques. Il les garda chez lui quelque temps ; c’était peu avant sa mort ; puis il les renvoya après y avoir fait des marques à l’encre rouge. — Un de ses élèves dit avoir vu un petit livre sur le jet des flèches divinatoires, qui lui était attribué ; mais n’ayant connu personne qui l’ait étudié avec lui, il le croit apocryphe.

Le fils de Tabari affirme l’orthodoxie de son père et son attachement à la Sunnah. Il avait, dit-il, des opinions contraires à celles des Motazélites sur tous les points où ceux-ci sont en contradiction avec Vidjmâ‘, comme le décret divin, le libre arbitre, la création du Coran, la vision de Dieu, l’éternité des peines, la médiation du Prophète. Il avait de même des opinions orthodoxes en politique, tout en étant sympathique à Ali. Il défendit la tradition de l’étang de Koumm (1) contre des cheïkhs de Bagdad qui la contestaient ; mais il ne recevait pas les témoignages ou les informations des Chiites avancés, Râfédhites, Khâridjites et autres. En ce qui concerne les héritages, il ne faisait pas hériter les musulmans des infidèles, se fondant sur ce hadîth du Prophète : « Le musulman n’hérite

1. Tradition bien connue d’après laquelle le Prophète, auprès de l’étang de Koumm, aurait proclamé publiquement son affection spéciale pour Ali.

pas du Kâfir, ni le Kâfir du musulman. » Les peuples de religions diverses, selon cette théorie, ne doivent pas hériter entre eux. Un Jacobite n’hériterait pas d’un chrétien Melkite, ni le Melkite d’un Nestorien, ni un Juif Cham‘atite d’un Samaritain, ni un ‘Anânite d’un Cham£atite. C’est aussi l’opinion d’el-Auzâ‘i qu’entre églises et sectes différentes on ne doit pas hériter. — Cette théorie paraît sortir du droit musulman ; mais elle a pu avoir son importance dans l’application aux sujets non convertis en territoire d’islam.

Tabari acheva son célèbre commentaire, intitulé « Somme de l’exposition sur l’interprétation du Coran », en l’année 270. Le livre eut du succès ; il se répandit en Orient et en Occident et éclipsa tous les ouvrages antérieurs. Jâkout analyse à peu près comme il suit le contenu de cette grande œuvre :

Le livre s’ouvre par une khoibah , sorte de prône, et par une épître sur la science du tefsîr, c’est-à-dire du commentaire, dans laquelle l’auteur explique quelle éloquence spéciale et merveilleuse, supérieure à toute autre, Dieu a mise dans le très haut Coran. Puis viennent des préfaces sur les diverses manières d’interpréter le Coran, sur celles qui sont licites et celles qui ne le sont pas ; ensuite un discours sur cette

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parole du Prophète : « Le Coran a été révélé (littéralement est descendu) en 7 lettres » ; la question : en quelle langue il a été révélé ; la réfutation de ceux qui prétendent qu’il renferme des mots qui ne sont pas arabes ; l’explication des noms du Coran et du titre des Sourates, etc... Vient alors le commentaire proprement dit, c’est-à-dire l’explication du Coran mot par mot. L’auteur rapporte les informations des Compagnons et des Suivants des deux générations, les opinions des philologues de Koufah et de Basrah, les variantes de lectures, les divergences spécialement relatives aux infinitifs, aux pluriels et au duel ; il relate ce qui a été dit sur les versets abrogeants et abrogés, sur les préceptes coraniques et les disputes auxquelles ils ont donné lieu, certaines opinions des spéculatifs novateurs, avec leur réfutation par les dialecticiens orthodoxes et ainsi pour la totalité du Coran. A la fin est un petit commentaire sur les lettres de l’alphabet et les contestations qui y sont relatives, avec l’interprétation personnelle de l’auteur.

Ce grand commentaire de Tabari est fondé sur plusieurs commentaires antérieurs et sur des autorités que Jâkout cite, en indiquant le nombre de voies par lesquelles ces diverses sources ont été connues de Tabari. Des noms mentionnés ici, les plus notoires sont ceux d’Ibn ‘Abbâs

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