CHAPITRE XI
Exemple : la petite sourate de l’Eléphant, l’une des dernières du Coran : « Ne vois- tu pas comme en a agi ton Seigneur avec les compagnons de l’Eléphant ? — N’a-t-il pas changé leur ruse en erreur et envoyé contre eux des oiseaux abâbîl, qui leur jetaient des pierres de siddjîl ; et il en a fait comme des restes de céréales mangées. »
Le commentateur cite ce texte, puis rappelle sommairement l’histoire de l’expédition des Abyssins avec l’éléphant, que nous avons racontée, en y ajoutant la légende coranique des oiseaux abâbîl dont nous n’avons pas parlé. Sur cette légende il ne sait en somme rien de plus que nous ; l’explication n’en a pas été conservée. Il discute sur la forme grammaticale du mot, dont il tient à faire un mot arabe, puis il cite les traditions s’y rapportant. L’une est de Sawâr fils d’‘Abd Allah, d’après... d’après... ‘Abd Allah ; elle porte que abâbîl signifie une bande. La même tradition est donnée deux autres fois avec deux chaînes de références différentes. La tradition qui suit est de Mo'âwiah, d’après Ali, d’après Ibn .‘Abbâs : abâbîl veut dire : qui se suivent l’un l’autre ; même tradition, la chaîne variant. Autre : ce sont les troupeaux qui vont à la file. Autre : abâbîl veut dire dispersés ; autre : abâbîl veut dire nombreux ; encore : ce sont les bandes, les troupes ;
LES PENSEURS DE L’iSLAM
ou c’est une troupe d’individus qui se suivent ; ou ce sont des individus qui suivent les traces l’un de l’autre,—- Après ces traditions on discute sur la couleur de ces oiseaux, s’ils étaient blancs, noirs ou verts. On dit qu’ils avaient des trompes et des pattes comme celles des chiens ; puis on s’occupe de la grosseur des pierres qu’ils lançaient ; elles étaient plus grandes qu’une lentille et moindres qu’un pois. — Tout cela est une œuvre de mémoire, où s’affirme le respect des traditions plutôt qu’un travail vraiment intellectuel (1).
Autre exemple : Sourate du soleil et de sa clarté (Sourate XCI) : « J’en jure par le soleil et sa clarté, par la lune quand elle le suit de près, par le jour quand il le montre en tout son éclat... » « J’en jure» n’est pas dans le texte; il y a : « et le soleil ». Tabari explique cette formule de serment qui est connue ; puis il s’occupe de la clarté. Les interprètes sont divisés sur le sens de cette clarté. Les uns disent : c’est le jour, à l’heure de doha ; et Tabari cite les traditions de ceux qui ont cette opinion, avec leurs isnâd ; d’autres disent : c’est l’éclat du
1. On pourrait proposer de reconnaître dans taïr abâbîl , des flèches babyloniennes, tîr bâbîli, bien que ce ne soit pas le même 1 5 mais les commentateurs ne veulent rien demander au persan.