‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 228 sur 235 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

général, la suite des idées, les rapports grammaticaux. Quoique très savant, il ne craint pas de rappeler les choses élémentaires et de poser des questions d’un genre presque populaire, à côté d’autres très subtiles ; il est rare qu’il n’ait pas deux ou trois réponses pour chacune. Il explique ainsi le verset : O hommes, à qui le Prophète a été envoyé, craignez votre Seigneur. Il vous a ramifiés à partir d’une souche unique qui est la personne d’Adam votre père ; il l’a fait croître de la terre, et il a formé son épouse Eve d’une de ses côtes. Il a fait sortir d’eux des races diverses, autres que la vôtre... En quoi, se demande le commentateur, le fait que Dieu a créé les hommes d’une seule tige est-il un motif pour le craindre ? C’est, répond-il, un signe de sa toute-puissance. Celui qui a pu produire le genre humain peut aussi châtier les rebelles. En même temps c’est un signe de sa très grande bonté envers les hommes, à cause de laquelle on doit craindre de l’offenser ; ou bien encore Dieu a voulu plus particulièrement dire : craignez de rompre le lien originel que j’ai établi entre vous, vous que j’ai créés frères, issus d’une même racine. Ce dernier sens, remarque l’auteur, est celui qui est le plus en harmonie avec l’intention générale de la Sourate. Suivent des petites variantes grammaticales que nous ne pouvons rapporter.

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Dans la proposition qui vient ensuite, le mot « et les parents, wa ’l-arhâm », se trouve, au point de vue de la syntaxe, isolé. On l’a lu avec les 3 voyelles finales a, i, u , qui désignent en grammaire les 3 cas, accusatif, génitif, nominatif ; il en résulte des nuances de sens. Le sens le plus simple est : craignez Dieu par lequel vous vous demandez les uns aux autres, de même que vous vous demandez par les parents. Le texte associe Dieu et les parents, comme dans cet autre passage du Coran : « Ne servez que lui seul et les parents, d’une belle façon. » El-Hasan a dit : « Si l’on vous demande au nom de Dieu, donnez et si l’on vous demande au nom de vos parents, donnez ; car les parentés sont attachées au Tabernacle. » Le commentateur explique ces derniers mots par une tradition d’Ibn ‘Abbâs, et ajoute d’autres remarques sur l’observation des liens de parenté.

Verset 2 : « Remettez aux orphelins leurs biens, et ne changez pas le mauvais contre le bon, et ne mangez pas leur fortune avec votre fortune ; ce serait un grand péché. »

Le style coranique est encore ici très concis et la seconde proposition est obscure. Le commentateur commence par s’occuper du mot auquel répond notre mot orphelins, yatâma. Les yatâma ce sont ceux dont les pères sont morts ou qui s’en trouvent séparés. Le yotm, c’est la

séparation. On appelle « perle orpheline » la perle qu’on sépare des autres parce qu’elle est très précieuse. Le mot orphelin se dit des hommes quand ils ont perdu leur père, et des bêtes quand elles ont perdu leurs mères. Les Koréïchites appelaient le Prophète « l’orphelin d’Abou Tâlib », parce que dans son enfance il avait été recueilli et nourri par son oncle paternel Abou Tâlib. Quant à l’adage du Prophète : « Pas d’orphelin après la puberté », c’est une règle de droit, non de lexicographie. Cela veut dire qu’à celui qui est pubère, on n’applique plus en droit les conditions de l’enfance.

Qu’est-ce que le texte entend par ces mots : « Remettez aux orphelins leurs biens » ? On peut comprendre par les orphelins ceux qui sont encore petits et voir là une défense faite aux amis, parents, maîtres, kâdis, de convoiter leur fortune ; ou l’on peut admettre qu’il s’agit de l’orphelin grandi, auquel on continue à donner le nom de yétîm par analogie ou parce qu’il n’est pas encore éloigné de l’enfance ; le sens est alors : ne tardez pas à les mettre en possession de leur bien. Suit une tradition, qui semble fabriquée pour le verset, d’après laquelle un homme de Ghatafan, ayant en tutelle un neveu orphelin, refusait à la majorité de celui-ci de lui rendre sa fortune ; ils allèrent trouver le Prophète et le verset descendit.

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On voit assez par là l’esprit dans lequel est rédigé ce commentaire ; nous ne pouvons le suivre plus longtemps dans tous ses détails et dans toutes ses distinctions ; cela entraînerait trop de longueur. Mais ce passage du Coran étant capital au point de vue du droit, nous continuons à l’analyser avec l’aide de Zamakhchari, tout en abrégeant beaucoup.

La phrase : « Ne changez pas le bon contre le mauvais » est expliquée de 3 façons par Zamakhchari ; on peut choisir : ne rendez pas à l’orphelin de la mauvaise monnaie au lieu de bonne, ou des brebis maigres au lieu de grasses, etc. — « un grand péché. » Comme type de grand pêché, on cite la répudiation d’Oumm Eyoub.

Verset 3 : « Si vous craignez de n’être pas équitable envers les orphelins, épousez ce qu’il vous convient de femmes, 2, et 3, et 4 ; et si vous craignez encore de n’être pas juste, alors une seule ou ce que possèdent vos mains. Cela sera mieux pour que vous ne penchiez pas. »

Quel rapport y a-t-il, se demande le commentateur, entre la justice envers les orphelins et le petit nombre des femmes ? On peut comprendre que le Prophète a voulu dire : si vous craignez d’être injuste envers les orphelins, non moins devez-vous craindre de l’être envers vos femmes ; n’épousez donc que celles que vous pouvez décemment entretenir. Ou bien le Pro-

phète a entendu parler des femmes orphelines ; un homme riche rencontrait des orphelines riches et belles, — c’est encore le procédé du commentaire en histoires, — ou se trouvait être leur maître et il les épousait, ne voulant pas les laisser appartenir à quelque autre que lui ; il en gardait près de lui jusqu’à 10. Il craignit alors, les sentant faibles et sans défenseurs, d’abuser d’elles et de nuire à leurs droits. Le verset vint donc pour lui disant : si vous avez cette crainte au sujet des filles orphelines, épousez-en d’autres, ou n’en épousez qu’une seule orpheline. Pour l’esclave, «celle que possèdent vos mains », ou la femme libre non orpheline, vous pouvez les épouser sans restriction de nombre.

« Pour que vous ne penchiez pas, alla ta- ‘oulou », ce mot s’applique à la balance ; le juge penche dans son jugement lorsqu’il est injuste. Ayéchah a donné ce sens ; mais il y en a un autre, venant de Châfi'i, qui est : pour que votre famille ne s’accroisse pas à l’excès ; l’homme dont la famille est trop nombreuse tombe dans la misère. Et à ce propos, Zamakhchari fait l’éloge de la science philologique de Châfi‘i. Si l’on dit : comment celui qui épouse une esclave allège-t-il sa charge de famille ? C’est, répond le commentateur, parce que le but dans le mariage est la génération des enfants, au contraire de ce qu’il est dans le concubinat. On estime que le

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concubinat est au mariage, sous le rapport du nombre des enfants, comme le mariage à une femme est au mariage à 4 femmes. Il y a une lecture de Taons : ta‘îlou au lieu de ta‘oulon, qui confirme l’opinion de Châfi'i. Cette lecture donne le sens : pour que vous ne tombiez pas dans la misère.

Suite du verset 3 : « donnez à vos femmes leur dot » ; suit un mot employé adverbialement nihlatan , sur lequel on discute; il veut dire soit : dans la liberté de votre âme, ou comme un don de la part de Dieu, ou selon la coutume que la religion impose. Le précepte s’adresse aux époux, ou bien aux maîtres, aux parents, qui prenaient pour eux la dot de leurs filles et qui disaient : « bonne affaire pour toi », à celui à qui naissait une fille, voulant dire par là qu’il prendrait sa dot et augmenterait ainsi sa propre fortune. — « Et si elles ont la bonne volonté de vous en céder quelque chose, mangez-le comme un aliment agréable et salubre. » Si elles vous le donnent d’elles-mêmes sans y être amenées par la crainte de votre méchant caractère. « Mangez-le », c’est-à-dire dépensez-le. D’après un docteur, ce don doit être modique ; d’après un autre, il n’est permis qu’aux femmes qui ont enfanté ou qui sont restées au moins un an dans la maison de leurs maris. Ce doit être un don unique.

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