CHAPITRE II
l’arabie avant l’islam 43
à Médine sans avoir combattu. Ce récit assez étrange signifie peut-être qu’on n’avait pas bien envie de combattre les Grecs, et qu’on s’était entendu secrètement avec eux.
En diverses circonstances on voit Mahomet chercher à se mettre en bons rapports avec Héraclius. Une tradition curieuse (1) parle d’une mission d’Abou Bekr auprès de cet empereur, dans laquelle Héracli us fait voir au futur khalife des bibelots représentant les figures des prophètes. En l’an 7 de l’hégire, Mahomet écrivit des lettres et envoya des ambassades aux souverains ses voisins pour leur demander de se convertir. Il en écrivit une à l’empereur Héraclius, qui n’osa pas, disent les traditionnistes, se convertir, mais qui se contenta de garder une sympathie cachée pour la foi musulmane. En fait cet empereur paraît avoir consenti assez facilement à laisser l’islamisme pénétrer dans les pays déjà arabes de la Syrie du Sud et dans la péninsule du Sinaï.
1. D’après le Mokhtasar el-Khamîs par Ahmed en- Noubi, ms, en notre possession. — Héraclius a certainement laissé un assez bon souvenir dans l’Islam ; on trouve de ce fait un témoignage inattendu dans la Vie de Colbert par de Courtils, Cologne, 1695. Lorsqu’en 1682 une ambassade fut envoyée au roi du Maroc par les soins de Colbert, le monarque musulman ne trouva rien de plus gracieux à dire à l’ambassadeur français que ceci : « qu’il savait bien que le roi de France descendait en droite ligne d’Héraclius ! »
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Remontons plus haut dans l’histoire de l’Yémen, A une époque antérieure à celle dont nous venons de parler, l’Yémen avait été habité par un peuple qui a laissé une épigraphie : les Himyarites. Quoiqu’on fasse remonter ces inscriptions assez haut, vers le 11e siècle après J.-C., elles témoignent d’un état de civilisation fort semblable à celui qu’indiquent les histoires et les légendes précédemment rapportées. L’Yémen était alors une contrée très florissante, un peu comme il l’avait été au temps de Salomon, lorsque la reine Bilqîs régnait dans Sana‘â. Il possédait des bourgs fortifiés, de beaux châteaux, des vergers, des cultures ; il était païen d’un paganisme doux, pénétré déjà, semble-t-il, d’influences monothéistes. Les principaux dieux en étaient le Soleil, dieu féminin, et un Ashtar appelé quelquefois Ashtar oriental, qui doit être la Lune. Il s’y joignait des divinités secondaires, protectrices des champs, des fruits, des vallons, des sources, ou patronnes de quelques grandes familles. Les inscriptions ont un cachet artistique et distingué. Les caractères, élégants et tracés en relief, se rapprochent des caractères éthiopiens, dont ils sont, dit Renan, un prototype (1). La
1. E. Renan, Histoire générale et Système comparé des Langues sémitiques, 3e éd., Paris, 1863, p. 316.