CHAPITRE II
l’arabie avant l’islam 45
langue himyarite est une langue sémitique voisine de l’hébreu ou du ghez. Citons quelques lignes de ces inscriptions (1).
Un roi consacre à Talat Tobian « lui-même et ses fils Zéïd et Zéïdîl, avec tous ses enfants, son château de Ya‘od, sa terre de Taluk, ses biens et ceux de son père Ismaël, des territoires et des vallons arrosés par des cours d’eau ». Un autre demande que Hagar, un dieu particulier, « continue à le protéger, lui et les siens, avec bienveillance, leur donnant les biens légitimes et la joie de leurs cœurs ; qu’il leur accorde la plénitude de la félicité en été et en automne ; qu’il leur octroyé des fruits abondants et des enfants parfaits dans tout leur territoire ». Le terme d’enfants doit sans doute être pris ici au sens large : il désigne la famille avec les serviteurs et même les sujets.
Si l’on examine l’onomastique de ces documents, les noms propres, on voit qu’ils ont des formes assez variées. Il y en a, comme Zéïd et Sa‘dîl, qui ressemblent à l’arabe ; d’autres, comme Kodam, ressemblent au nabatéen ; mais beaucoup rappellent les noms bibliques. Il y a des théophores en II ( el ), comme Raphaël, Ismaël ; d’au-
1. Corpus Inscriptionum Semiticarum, publication de l’ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 4e partie comprenant les inscriptions Himyarites. T. I, fasc. I,
LES PENSEURS DE L’iSLAM
très ont l’initiale y , tel Yousof, Joseph ; d’autres la particule dzou, « possesseur de... », comme dans le nom de Dzou Nowâs, que nous voyions . tout à l’heure. Ces noms propres semblent indiquer que des influences juives avaient déjà agi dans l’Yémen. Le terme el, employé pour signifier Dieu, et l’usage qui est fait du terme élohim avec un pronom, « notre dieu, leur dieu », dénote une certaine connaissance du monothéisme.
On croit que ces inscriptions sont de l’époque où l’Yémen avait ses rois indépendants. Les Abyssins, sous le Négus d’Axum, s’étant rendus maîtres de F Yémen vers l’an 300 du Christ, succédèrent aux rois himyarites ; les souverains vassaux des Ethiopiens prirent alors le titre de <• Rois de Saba et de Raydân, de l’Hadramaut et du Yémen ».
L’état prospère de l’Arabie du Sud et sans doute aussi de la plus grande partie du Hedjâz, suggéré par les anciennes histoires bibliques, par les inscriptions himyarites et par les récits arabes que nous avons rapportés, se modifia probablement à la suite d’un changement de climat (1). Le régime des eaux, peut-être aussi
1. Il ne faut pas trop faire fond sur la dénomination d’Arabie « heureuse » appliquée à l’Yémen ; en toponymie les idées de Sud, de droite et de bonheur vont souvent ensemble. Yémen qui signifie droite et « heureuse » peut désigner simplement l’Arabie « du Sud ».