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CHAPITRE II

l’arabie avant l’islam 47

des bois, subit une perturbation ; les digues furent négligées et se rompirent ; les pluies tarirent ; le pays se dessécha : de verdoyant et fertile qu’il était, il prit l’aspect désolé, brûlé et aride que nous lui voyons aujourd’hui.

Le prince de Teano, dans son très brillant ouvrage Studi di Storia Orientale (1), a donné un développement énorme à cette thèse d’un changement de climat en Arabie. Non seulement il l’applique à l’époque de la conquête arabe, et fait du dessèchement de la péninsule la cause qui a rejeté les Arabes hors de chez eux, mais il fait agir la même cause à des époques bien antérieures. Pour lui l’Arabie est le pays d’origine des Sémites ; des migrations successives, issues de la péninsule arabe, ont engendré les anciennes races et les anciens empires sémitiques : assyriens, hébreux et autres. Un premier grand mouvement de migration aurait eu lieu vers la Babiionide depuis le ve millénaire avant notre ère ; des groupes moindres de Sémites se seraient dirigés en même temps du Sud vers la Syrie, la Palestine et même vers l’Egypte à travers l’isthme de Suez. Un second grand mouvement se serait produit à la fin du troisième millénaire, entre 2.300 et 1.500 avant le Christ. Ce mouve-

1. Leone Caetani, Studi di Storia Orientale , vol. I, comprenant : Islam et Christianisme ; l’Arabie préislamique ; les anciens Arabes, Milan 1911, avec cartes.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

ment, réaction violente contre le triomphe des Elamites, fut exécuté principalement par une nouvelle et puissante poussée de hordes sémitiques, aspirant à sortir des landes toujours de plus en plus stériles et brûlées de l’Arabie centrale et méridionale. C’est de cette émigration que serait issue la dynastie babylonienne à laquelle appartint le fameux roi législateur Hammurabi (1).

Nous ne pouvons discuter ici cette thèse de l’éminent orientaliste ; elle est trop en dehors du cadre de cet ouvrage. On sait que l’opinion la plus répandue place le berceau des peuples sémitiques en Mésopotamie. Il n’y a cependant pas d’inconvénient, que je sache, à donner à la race et à la langue arabe une assez haute antiquité ; l’arabe paraît être philologiquement la plus solide et la mieux conservée des langues sémitiques. J’ai exprimé cette opinion autrefois. La Bible fournit d’ailleurs quelques indices de l’existence de l’idiome arabe à une époque ancienne.

Quant à la théorie du changement de climat en Arabie pour l’époque qui a précédé l’Islam, j’en suis tout à fait partisan. Un souvenir vivant est resté de cette perturbation dans les récits arabes : c’est l’histoire de l’écroulement de la digue de Mareb. Elle fut emportée par une inon-

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