CHAPITRE II. — l’aRABIE AVANT L’iSLAM
dation soudaine, puis le pays se dessécha (1). Masoudi parle assez longuement de ce fait et trace une description charmante de l’heureux état de l’Yémen avant la destruction de la digue (2) : « La terre de Saba était la plus verdoyante du Yémen, la plus fertile, la mieux arrosée, la plus abondante en jardins et en vergers, la plus riche en vastes pâturages. Elle était couverte de monuments, de ponts et d’arbres magnifiques. Les canaux y étaient très multipliés ; des fleuves y coulaient de toutes parts... Une puissante végétation envahissait et enlaçait le sol. Les habitants menaient la vie la plus agréable et la plus douce, dans les meilleures conditions de salubrité, au comble de la richesse et de l’opulence. »
Je sais bien que ce tableau paraît un peu idéal et qu’on peut se demander s’il ne faut pas voir là, en appliquant le système critique du P. Lammens, une sorte de paraphrase très développée de ce verset du Coran XXX IV, 15 : « Ils se détournèrent de la vérité (les habitants de Saba) ; nous envoyâmes contre eux l’inondation des digues. » Masoudi place le fait à une époque « reculée ». Cependant le souvenir paraît bien correspondre à quelque chose de réel. Il y avait une « ère de l’inondation » et, à côté, « une
1. Il y a sur la digue de Mareb un important travail de Glaser.