CHAPITRE II
l’arabie avant l’islam 57
Le nom d’ Abraham, d’ailleurs mal expliqué en hébreu, a été confondu avec Bahram, nom persan, et même avec Brahma, forme indienne. Il existe en arabe une légende du « feu d’ Abraham » qui doit provenir d’une confusion avec le « feu de Bahram » dans la religion mazdcenne. Les Mazdéens, adorateurs du feu, distinguent plusieurs espèces de feux, dont l’un, très vénéré, est appelé feu de Bahram (1). Les Arabes ont brodé une légende là-dessus, et ont supposé qu’ Abraham avait été jeté dans la fournaise par le tyran impie Nemrod, à cause de sa foi monothéiste, et que Dieu l’en avait tiré miraculeusement.
On confondit Zoroastre lui-même, le fondateur de la religion mazdéenne, avec Abraham, et l’on prétendit qu’il s’appelait Ibrâhîm. « Zérâdoucht est, dit-on, en langue syrienne, le nom du prophète Abraham, et, selon une autre tradition, Zérâdoucht et Berzîn sont les deux fondateurs de la religion d’Abraham (2). » — On sait en fait extrêmement peu de choses sur Zoroastre, quoique les Parsis aient des livres qui racontent sa vie. Mais il y a de commun entre les Mazdéens et les croyances juives et musul-
1. U Av esta, trad. J. Darmesteter, dans les Annales du Musée Guimet, 1892-93, 3 vol., I, 157 ; II, 138-143.
2. Vüllers, Lexicon Persico-Latinum, à la fin de l’article en persan *ur Zoroastre (Zâratosht).
LES PENSEURS DE L’iSLAM
mânes, l’idée que la religion doit être communiquée par un prophète et reposer sur un Livre. Ces deux éléments, le Livre, le Prophète, sont fort importants dans le Coran. L’opinion était différente chez les Sabéens, qui pensaient communiquer avec la divinité non par un homme inspiré, le prophète, mais par l’intermédiaire de l’esprit des astres. — Il suit de là que ces conceptions de religion d’ Abraham, ou religion saine et primitive, de livre et de prophétisme, étaient agitées à l’occasion des discussions auxquelles le sabéisme donnait lieu.
Nous retrouvons encore le sabéisme dans la légende bien connue d’après laquelle Mahomet, en conquérant La Mecque, aurait trouvé le sanctuaire, la Ka‘bah, rempli de 360 idoles.
« On raconte, dit le Kitâb-el-Khamts, que, lorsque le Prophète entra dans la Ka‘bah le jour de la prise de La Mecque, il vit dedans les figures des anges et d’autres. Il y vit aussi Abraham peint, ayant en mains les flèches divinatoires, d’après lesquelles il décidait. Il s’écria alors : « Dieu vous maudisse ! Jamais Abraham n’a « songé à se servir de flèches divinatoires. « Abraham n’était ni juif, ni chrétien, mais « seulement harâf musulman, et il n’associait « rien à Dieu. » Puis il fit effacer cette peinture. D’après Ibn ‘Abbâs, le Prophète entra à La Mecque le jour de la conquête, sur sa chamelle.