‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 37 sur 235 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l’arabie avant l’islam 61

Parmi les personnages qui se sont trouvés dans ces conditions, Mas'oudi en cite d’abord trois ou quatre de légendaires : St Georges, les 7 dormants, le charpentier Habib ; passons-les. Passons aussi les chrétiens du Nedjrân dont nous avons déjà traité. Viennent alors d’autres personnages qui ont réellement vécu en Arabie peu de temps avant Mahomet ou à son époque même, et qui, n’ayant été ni juifs ni exactement chrétiens, s’y sont fait connaître comme déistes. On voit qu’il y en eut plusieurs et que les Musulmans avouent très bien que ces chercheurs plus ou moins isolés ont, sans avoir eu de mission prophétique, devancé Mahomet et lui ont fait concurrence comme penseurs et rénovateurs religieux.

L’un d’eux est Koss, un poète dont on fait aussi une espèce de médecin et de devin. Il parlait volontiers de la mort et croyait en la résurrection. Mahomet l’estimait : « Je crois encore le voir, disait un jour de lui Mahomet, à la foire d’cOkâz, monté sur un chameau roux et haranguant la foule. Quiconque vit doit mourir, prêchait-il. Le ciel est plein d’enseignements et la terre d’exhortations. Voyez la mer se gonfler, les astres disparaître, le firmament s’étendre comme un toit et la terre comme un lit. J’en atteste le Dieu de Koss : la religion de ce Dieu vaut mieux que la vôtre. »

LES PENSEURS DE L’iSLAM

Et Abou Bekr récitait des vers de ce Koss : « Dans ces générations qui ont disparu, quelle leçon pour nous ! Quand je vois que tout aboutit sans retour à la mort, que l’absent ne revient plus, que celui qui demeure passera soudain, je suis sûr que moi aussi je rejoindrai infailliblement mon peuple. » On entrevoit là une sorte de religieux libre, prêchant à sa façon le Dieu unique et la pensée de l’au-delà. Il avait impressionné favorablement le peuple. Les Arabes disaient de lui en pro\erbe : « Plus sage que Koss, plus fougueux que le lion qui veille au fond de sa tanière dans le fourré des bois. »

Un autre, un certain Zeïd, cousin germain du futur Khalife Omar, fut moins heureux. Il réprouva le culte des idoles ; mais son oncle, le père d’Omar, excita contre lui la populace de La Mecque et le leur livra. Il dut se réfugier dans une caverne du mont Hîra, là où l’on dit que Mahomet se retira avant sa prédication, et il ne venait plus que secrètement à La Mecque. Puis il passa en Syrie, pour y faire des recherches sur la vraie religion ; et là, les chrétiens, lui trouvant sans doute l’esprit trop indépendant, l’empoisonnèrent. Il avait eu des rapports avec les Arabes de Syrie et avec leurs chefs.

Un troisième, appelé Warakah, cousin germain de Khadîdjah, la première femme du Prophète, avait, dit Mas‘oudi, lu l’Ecriture, re-

Page 1