CHAPITRE II. - L’ARABIE AVANT L’iSLAM
cherché la science et rejeté le culte des idoles- Il aurait prédit la venue du Prophète et annoncé qu’il serait persécuté. Toutefois il ne paraît pas que celui-là soit demeuré un déiste indépendant : les uns disent qu’il mourut chrétien avant la prédication du Prophète, d’autres qu’il se fit musulman.
Je relève une note importante sur ce Warakah, fils de Naufal, dans le traité mystique de Suhrawerdi (1). On voit qu’il était lettré et s’occupait de traduire l’Ecriture sainte en langue arabe. Cette tradition le place d’ailleurs en relation intime avec Mahomet ; il y a là une donnée des plus suggestives. Mahomet vient d’avoir sa première révélation et, encore tout troublé, revient consulter Khadîdjah. Celle-ci, après qu’il s’est un peu calmé, le mène chez Warakah. « C’était, dit cette tradition, un homme qui s’était fait chrétien au temps du paganisme. Il écrivait l’écriture arabe (littéralement : il écrivait le livre arabe, el-Kitâb el ‘arabi), et il traduisait de l’Evangile en arabe ce que Dieu voulait. Il était alors très âgé et aveugle. » Warakah encourage Mahomet et lui promet de l’aider.
Il y en a d’autres encore : un certain Sormah, avant la mission du Prophète, s’était adonné à la vie ascétique à sa manière, avait revêtu le
1. Le traité ‘Awârif el-Ma‘ârif, publié en marge de Vlhyâ de Gazali, le Caire, 1312, partie II, p. 178.
cilice et renié les idoles. Il s’était fait une mosquée de la maison qu’il habitait, et personne ne pouvait y pénétrer en état d’impureté légale. Il professait hautement le culte du Dieu d’Abraham ; mais il se rallia à l’islamisme au moment de l’hégire.
Tout cela représente un mouvement assez intense, et indique que le désir d’un renouvellement religieux et de la purification de l’idée religieuse agitait alors beaucoup d’âmes. La tradition ne dit pourtant pas qu’il y ait eu alors en ce sens aucune secte véritablement constituée.
Un type assez curieux est Abou ‘Amir (1). C’était un Arabe qui avait embrassé le christianisme et s’était fait ermite au temps du paganisme. Quand le Prophète vint à Médine, il lui demanda : « Qu’es-tu venu apporter ? — Le hanéfisme ou religion d’ Abraham, dit Mahomet. — J’en suis déjà, répondit Abou ‘Amir. — Mais je l’apporte dans sa blancheur et sa pureté », répliqua Mahomet. Là-dessus l’ermite le traita de scélérat. Il combattit Mahomet avec 50 hommes qu’il avait amenés et après la bataille de Honéïn, il s’enfuit en Syrie. Il écrivit de là aux ennemis secrets du Prophète, ceux que le Coran appelle « hypocrites », de préparer des vivres pour une armée qu’il comptait obtenir de l’em-
1. Cf. ma note au Livre de V Avertissement de Masoudi, p. 359.