CHAPITRE II. - L’ARABIE AVANT L’iSLAM
pereur byzantin, et de bâtir une mosquée destinée à rivaliser avec celle que Mahomet avait construite à Koba. Ces gens en bâtirent une à côté de cette dernière ; puis ils firent demander au Prophète de venir y prier, car il avait déjà accordé à d’autres Arabes une semblable faveur. Leur intention était de l’y assassiner. Mais Mahomet se méfia ; il fit ruiner cette mosquée par des partisans sûrs et commanda de la prendre pour dépotoir. Notre intrigant retourna chez les Grecs et mourut auprès de l’empereur. Il finit, conformément à une malédiction que Mahomet avait prononcée contre lui, « seul, fugitif, à l’étranger ».
Les Orientalistes ont publié plusieurs études sur un personnage du même groupe, Oméyah fils d’Abou Salt, poète de talent, qui demeura jusqu’à la fin rival et ennemi de Mahomet, mais le combattit du moins d’une façon loyale. Cet Oméyah avait abandonné le culte des idoles et était déiste très convaincu. Il n’en resta pas moins lié d’amitié avec les Koréïchites idolâtres. Il vécut d’ailleurs en poète et en philosophe, ne fit point de politique et ne prétendit pas à la prophétie. Mais ses vers furent répandus et durent exercer une certaine influence. C’est à lui qu’on attribue la formule « En ton nom, mon Dieu ! » employée par les Koréïchites, quoique païens, pour se défendre contre les sortilèges.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Mas'oudi dit de lui (1) qu’il était un poète intelligent qui faisait le commerce avec la Syrie.
Il fréquenta le clergé juif et chrétien, étudia les livres saints, et reconnut qu’un prophète serait envoyé aux Arabes. — Dans ses poésies, il suit les doctrines de la vraie religion ; il décrit les deux et la terre, le soleil, la lune, les anges et les prophètes ; il chante la résurrection, le paradis, l’enfer, et célèbre F unité de Dieu : « Louanges à Dieu, dit-il, qui n’a pas d’égal ; ne pas proclamer cette vérité, c’est être injuste envers soi- même. » Il dit aussi en parlant des élus : « Là plus d’erreurs, plus de fautes. Le bonheur qui leur est promis est éternel. »
Un assez grand nombre de vers de cet Oméyah nous ont été conservés en citations dans de bons auteurs. Les érudits s’y sont intéressés, parce que c’est à peu près le seul ouvrage de l’époque du Coran et qui soit écrit dans le même ordre d’idées.
Il constitue un point de comparaison unique. Les célèbres Mo‘allaqah, poésies antérieures au Coran, ne sont pas orientées vers la pensée religieuse. Oméyah traite dans ses vers pas mal d’histoires bibliques, et il en parle un peu différemment du Coran, comme s’il les avait connues par quelque autre tradition : par exemple le déluge, le sacrifice d’ Abraham, la légende de Salomon. Beaucoup de légendes d’origine bibli-