CHAPITRE II
l’arabie avant l’islam 67
que se sont développées dans le Talmud ; mais elles ont été travaillées aussi en dehors des écoles talmudiques et ont pu parvenir à Mahomet ou à Oméyah par diverses voies. La chose est toutefois difficile à préciser.
Le Rév. Power, qui a publié un mémoire sur Oméyah dans les Mélanges de Beyrouth (1), trouve que, malgré sa foi déiste, il a encore des tendances matérialistes, parce que ses descriptions de l’au-delà, des anges, du paradis, sont très physiques. Ainsi il dit des Séraphins qui soutiennent le trône de Dieu : « Notre-Seigneur a sellé avec des sangles les bêtes du fardeau, chacune liée par la munificence de Dieu. Sur les sangles est étendu un trône élevé, fixé sur leurs épaules avec des pointes de rubis. » Les anges, pour Oméyah, montent la garde à tour de rôle devant le Tout-Puissant. Leur service est en général forcé ; quelques-uns, qui étaient réfractaires, ont été domptés. Ils soutiennent et défendent les cieux, que le poète imagine comme des murailles lisses bâties autour de la forteresse qu’habite la divinité. Les armes dont ils se servent contre les démons sont les étoiles filantes. a Ils ont des ailes comme celles des autruches, qui les portent avec la rapidité du vent d’ Ouest. »
1. Umayya ibn Abî-s Sait, par le Rév. E. Power, dans Mélanges de la Faculté Orientale , Beyrouth, 1906, pp. 197-222, en anglais.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Tout cela est en effet bien concret, un peu lourdement matériel. Mais le Coran, dans ses descriptions bien connues du paradis, n’est guère moins matérialiste ; peut-être même l’ est-il davantage ; et il faut se méfier que ces descriptions poétiques ou oratoires peuvent bien avoir été faites d’après des tableaux. Cela est bien probable pour les ailes en plume d’autruche et les bêtes sanglées qui soutiennent le trône de Dieu. Oméyah a dû voir ces choses dans des fresques, des mosaïques ou des miniatures.
On rencontre aussi chez ce poète pas mal de légendes sur les animaux, à intention plus ou moins morale, comme on en trouve dans les ouvrages de folklore. Ainsi la huppe ne voulant pas laisser le corps de sa mère morte sans sépulture, est récompensée de sa piété filiale par le petit toupet, la petite houppe de plumes, qui la distingue des autres oiseaux. Les éléphants et les bêtes fauves dans l’arche poussent des cris, pendant que le vaisseau poursuit sa course sur les flots. Ce sont là des amusettes de poète, et l’on n’en saurait conclure, comme le voudrait le Rév. Power, que la doctrine d’ Oméyah porte des traces de zoolâtrie.
Voici encore quelques vers d’ Oméyah ; il est plus vraiment poète que beaucoup d’autres Arabes (1) :
i. E. Power, loc. cit.y p. 220.